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Army of darkness.
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le 23 sept. 2012
En 1998, Blade surprend le public et l’industrie hollywoodienne par son ton sombre, son esthétique stylisée et sa capacité à mêler avec efficacité action, horreur et univers de comics. Le film rapporte plus de 130.000.000$ au box-office mondial, un chiffre considérable pour un long métrage classé R et tiré d’un personnage de MARVEL encore méconnu du grand public. Ce succès inattendu réhabilite la crédibilité des adaptations de comics, longtemps ternie par des échecs critiques, et incite la New Line Cinema à envisager rapidement une suite, consciente du potentiel commercial et de la popularité croissante du personnage.
David S. Goyer est rappelé pour développer la continuité de la saga au scénario. Connaissant intimement le ton, l’univers et les codes du personnage, il entend pousser plus loin les thématiques déjà amorcées : la dualité entre l’humain et le monstre, la lutte intérieure de Blade, et l’évolution du monde vampirique. Goyer souhaite également enrichir la mythologie de la franchise en introduisant de nouveaux clans de vampires et en explorant davantage leurs hiérarchies et traditions.
Guillermo del Toro vient de relancer sa carrière avec El Espinazo del Diablo, il attire à nouveau l’attention d’Hollywood. Bien qu’il ait gardé un souvenir mitigé de ses précédentes expériences américaines, le réalisateur mexicain accepte de diriger cette suite. Il y voit l’opportunité de s’approprier un univers visuel et thématique proche de ses obsessions : la monstruosité, la biologie altérée, et l’hybridation entre horreur et beauté. Del Toro insuffle à la saga son style personnel, mélange de gothique baroque et d’esthétique organique, tout en profitant d’une plus grande liberté artistique accordée par la New Line.
En 2002, Blade II sort au cinéma et reçoit un accueil positif, aussi bien du public que d’une partie de la critique, qui salue son énergie, ses séquences d’action inventives et la patte singulière de Del Toro.
Wesley Snipes reprend naturellement le rôle du chasseur de vampires et confirme qu’il est l’incarnation parfaite du personnage. Stoïque, charismatique et doté d’une présence physique impressionnante, Snipes apporte à Blade une aura à la fois froide et magnétique. Sa gestuelle millimétrée, son regard impassible et son sens du style composent une figure de héros aussi élégante que redoutable. Peu d’acteurs auraient pu à ce point fusionner avec un personnage : Snipes est Blade, dans sa manière de se mouvoir, de parler peu mais juste, de dégager cette énergie animale et contrôlée.
Kris Kristofferson et Norman Reedus font offices de sidekick à Blade. Kristofferson dans le rôle de Whistler est toujours aussi rugueux et touchant. Whistler, mentor et père de substitution, apporte une humanité discrète et une sagesse abîmée par les années de guerre contre les vampires. L’arrivée de Reedus dans le rôle de Scud, jeune mécanicien insolent et geek de service, renouvelle la dynamique du duo. Scud apporte un vent de modernité, de second degré et de technologie de pointe à l’univers de Blade. Ensemble, ils forment une équipe équilibrée : la vieille garde, l’élève indiscipliné et le guerrier solitaire. Ce triangle ajoute du relief au récit et évite au film de se reposer uniquement sur l’action.
Cette fois, la menace est d’un tout autre ordre. Les Reapers sont une mutation vampirique, une évolution monstrueuse qui échappe à tout contrôle. Ces créatures ne craignent plus l’argent, se reproduisent à une vitesse effrayante et se nourrissent aussi bien d’humains que de vampires. Ce renversement de la chaîne alimentaire force Blade à une alliance improbable avec ses ennemis d’hier. Même les vampires, pourtant arrogants et séculaires, se voient contraints de reconnaître que les Reapers représentent une menace existentielle. Ce postulat, simple mais efficace, place le film dans une tension permanente entre coopération forcée et trahison imminente.
Ron Perlman, déjà vu dans le Cronos de Del Toro, Danny John-Jules, Leonor Varela, Donnie Yen, Matt Schulze, Daz Crawford, Marit Velle Kile et Tony Curran (je l’adore lui, dommage qu’il n’a pas plus de temps d’écran) incarnent l’escouade vampirique aux côtés de Blade, ils sont les archétypes du film d’action d’équipe. Chacun a son style, son arme, son attitude : le colosse brutal, la guerrière fière, le silencieux expert en arts martiaux… Del Toro joue avec ces clichés, mais il le fait avec affection et un sens aigu de la mise en scène. Visuellement, la bande est superbe : tatouages, cuir, armures gothiques et armes futuristes. Leur présence apporte une dimension quasi vidéoludique, comme un groupe de personnages jouables dans un beat’em up.
Ce type de groupe est un ressort narratif que j’adore : une équipe charismatique vouée à être décimée un à un. Chaque affrontement devient une anticipation du prochain sacrifice, une attente de la scène où tel personnage aura son moment de gloire avant de tomber. Cette mécanique, bien connue du cinéma d’action et de l’horreur, fonctionne à plein régime dans ce film. Elle donne du rythme et de l’émotion au film, tout en renforçant la tension : personne n’est à l’abri, pas même les personnages les plus stylés.
Luke Goss campe Jared Nomak, le chef des Reapers. Physiquement impressionnant, presque spectral, Nomak est l’un des antagonistes les plus marquants du genre. Son apparence, sa démarche, la manière dont sa mâchoire se déforme pour révéler l’intérieur cauchemardesque de sa bouche, tout cela porte la signature visuelle de Del Toro. Le design organique et grotesque des Reapers illustre la fascination du cinéaste pour les corps déformés et les monstres tragiques. Del Toro transforme l’ennemi en une figure à la fois terrifiante et fascinante, où l’horreur devient presque poétique.
Nomak n’est pas un simple prédateur. Derrière sa monstruosité se cache une souffrance et une quête de justice tordue. Il est le produit d’une expérimentation menée par les siens, trahi par son propre sang. Ce renversement moral, où la créature devient victime et les vampires véritables monstres d’orgueil et de cruauté, donne au film une profondeur inattendue. Del Toro y glisse ses thèmes fétiches : la monstruosité comme reflet de l’humanité, la douleur du rejet, et la frontière floue entre bien et mal. Le twist final renverse totalement la perception du spectateur sur les motivations de chaque camp.
Les scènes d’action, spectaculaires et nerveuses, sont parmi les plus marquantes du cinéma d’action du début des années 2000. Donnie Yen, qui interprète l’un des vampires, signe également la chorégraphie des combats. On y retrouve son sens du mouvement fluide, de l’impact et du rythme. La mise en scène évoque souvent les jeux-vidéo de l’époque, avec des cadrages latéraux, des ralentis et une précision quasi numérique des gestes. Blade, toujours impeccable, traverse les batailles sans jamais perdre ses lunettes, renforçant son image de guerrier invincible et stylisé. C’est du pur cinéma d’action, chorégraphié comme une danse macabre.
Le seul bémol vient des effets spéciaux numériques, typiques du début des années 2000. Certains plans, notamment lors des affrontements ou des sauts spectaculaires, ont aujourd’hui un aspect un peu daté. L’animation numérique du corps de Blade manque parfois de fluidité, ce qui accentue involontairement le côté jeu-vidéo. Cependant, cette esthétique légèrement artificielle participe aussi au charme rétro du film. Malgré ces limites techniques, l’énergie, la brutalité et la créativité des combats emportent tout.
Blade II est bien plus qu’une simple suite : c’est une relecture gothique et organique du film de super-héros. Guillermo del Toro y impose son univers, David S. Goyer affine la mythologie, et Wesley Snipes incarne à la perfection un héros entre lumière et ténèbres. Le film allie esthétique, violence et tragédie avec une audace rare pour l’époque. Il marque une étape clé dans l’évolution du genre, annonçant à la fois la noirceur des Batman et la stylisation extrême de Underworld. En somme, Blade II reste une œuvre culte, à la croisée du film d’action, de l’horreur et du mythe moderne.
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