Les Zinzins de l’espace débarquent au ciné, ou presque (n’amenez pas d’enfants, surtout). Deux complotistes (Jesse Plemmons et Aidan Delbis, horriblement drôles...ou drôlement horribles ?) croient avoir kidnappé une extra-terrestre dangereuse (Emma Stone, comme d’habitude transcendée) et veulent découvrir son plan. Tous les coups sont permis (même les plus sadiques... A l'AVP deauvilloise, il y a eu beaucoup de départs choqués lors d'une scène de sévices où l'on était nous-même assez mal à l'aise, le film ose aller loin, "en même temps, c'est du Yorgos Lanthimos, pas les Bisounours"). Lanthimos fait donc le remake de la comédie coréenne Save the Green Planet ! en version cruelle, méchante, et très cynique. Il dresse une critique acerbe du fanatisme, de la désinformation, de la violence inouïe que les humains peuvent mettre au service de leurs convictions (de tous temps, on a toujours excellé à trouver des prétextes pour se mettre sur la tronche). On suit avidement cette histoire de manipulation entre cette PDG misanthrope et odieuse (voire carrément monstrueuse... La scène
d'empoisonnement de la Maman comateuse, ou la scène où elle pousse à bout le cousin handicapé, jusqu'au suicide...
On a subitement plus personne à prendre en pitié, dans cette histoire), et ces deux prolos abreuvés à la haine et aux théories allumées d’Internet (on se marre bien de certaines débilités, dont on ne doute absolument pas qu'elles existent vraiment sur le Net). Les ressorts du scénario sont bien huilés, même si la fin est très prévisible et contre-productive quant à la critique du film (c’est un gag drôle, mais assez douteux sur la justification de la violence et de la haine, pourtant dénoncées pendant 2h… Dommage). Il n’en reste pas moins que la mise en scène fleure l’esthétique de Lanthimos (c’est aussi beau que fou, surtout la BO, étrangement énervée dans des scènes visuellement paisibles), que les acteurs sont sur-investis (Aidan Delbis, acteur réellement en situation d'handicap, est parfait, et "Oui, Stone se rase vraiment la tête", si vous vous le demandiez), que l'ambiance est à la fois poisseuse et comique (si l'on aime l'humour grinçant), et que les scènes-chocs sont nombreuses et oppressantes. Dans l’Univers de la comédie noire, ce Bugonia est un OVNI à ne pas rater.