Eddington
Qui est le film ? On entre dans Bugonia comme on franchit une faille de notre présent : une époque rongée par la crise climatique, saturée de théories conspirationnistes, ébranlée par les scandales...
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le 28 sept. 2025
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On sait en commençant un film de Yorgos Lanthimos que si la prémisse est réaliste, la piste fantastique ou de SF sera forcément privilégiée à la fin. Il a mis en place un système qui est maintenant limpide et assez prévisible. S’il enchaîne les clichés et les poncifs sur l’image que les démocrates « bien-pensants » se feraient des rednecks électeurs trumpistes, il n’est donc pas étonnant de constater que "Bugonia", dans sa dernière partie, donne raison et vie au délire complotiste imaginé par Teddy, en faisant de Michelle l’extra-terrestre qu’il imaginait qu’elle était, mais en poussant le bouchon encore plus loin, jusqu’à faire d’elle l’impératrice de son espèce en lui donnant ni plus ni moins que le pouvoir de vie ou de mort sur toute l’espèce humaine. En démiurge pour qui la terre (plate, bien évidemment) n’est qu’un plateau sous cloche, il lui suffit d’en faire éclater la bulle protectrice pour en éliminer la vermine, à savoir l’humanité.
Là où "Bugonia" est plus étonnant, c’est qu’il se sert de cette piste fantasmagorique pour donner vie à ce qu'il présente comme un ramassis d’absurdités (terre plate donc, contrôle de celle-ci par une race extraterrestre supérieure, tout le délire du style « nous vivons dans la matrice », etc.). En concrétisant les fantasmes de Teddy et en donnant corps à ce qui ressemble à un grand mix de toutes les thèses complotistes se développant sur internet ou dans les sphères un peu douteuses, le film parvient à en prouver le caractère inepte et délirant. Lanthimos ne se sert donc pas du fantasmagorique pour ouvrir les portes, mais pour les fermer. Donner vie et illustration à ces idées les expose telles qu'elles sont, comme des idioties pures et simples.
"Bugonia" est ainsi probablement le plus pervers de son auteur. Il comble les attentes du spectateur blasé ou « fanboy » qui croit savoir à l’avance ce qu’il vient chercher et qui l’aura, en lui prouvant par A + B que ses attentes étaient idiotes. On en vient à se retrouver devant un film qui semble critiquer son propre système, et le système de tout un pan du cinéma de genre « auteuriste » actuel qui consiste à s’ancrer dans une base réaliste pour mieux faire surgir le genre, le fantastique ou la science-fiction à des fins d'envoyer de la poudre aux yeux des spectateurs, à la façon d’un lapin qu’on sort d’un chapeau. Mais Yorgos Lanthimos a dû se rendre compte que lorsque l’on sort cent fois le même lapin du même chapeau, la surprise n’est plus de mise, et autant donc tirer profit de cette absence de surprise pour pervertir le concept et retourner comme une crêpe ses effets. Plus cynique que jamais, Yorgos Lanthimos se sert du discours de l’ennemi contre celui-ci et ainsi des attentes du spectateur.
On sort de la salle un peu perplexe...
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il y a 5 jours
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