Si on voulait résumer le contenu du film en une phrase, on dirait quelque chose comme : nous ou les abeilles, mais pas les deux. Et donc le film est une sorte de parabole assez pessimiste. On sait qu'il est un remake de Save the Green Planet, film sud-coréen d'il y a une vingtaine d'années. Le scénario a été bien retravaillé (par Will Tracy) et bien qu'assez extravagant (ou perché, comme vous voulez) par certains de ses aspects, il tient, je trouve, plutôt bien la route durant les presque deux heures de projection. Car, en fait, on va de surprise en surprise tout au long de l'histoire et surtout, on a droit à un magnifique final. Les dernières vingt minutes suscitent pas mal de rires et de stupeur ravie dans la salle, mais comme l'esprit général de Bugonia en fait une comédie très noire, les rires virent au jaune. Et le public quitte finalement la salle avec des visages non pas hilares, mais graves, ayant apparemment reçu la leçon que lui assène Yórgos Lánthimos avec sa parabole un rien méprisante pour le genre humain. Donc, le premier point fort du film, c'est son scénario, très habilement ourdi (en tout cas, de mon point de vue). Le second, et peut-être le plus indiscutable, c'est la distribution, les trois acteurs sur lesquels repose le film. Emma Stone en PDG (d'une entreprise pharmaceutique) cynique, pleine de ressources, de sang-froid et de roublardise dans la pire situation est tout à fait étonnante ; et elle embellit avec les années. Jesse Plemons en apiculteur complotiste mi-génial mi-taré fait une composition époustouflante et, quand il pédale frénétiquement sur son vélo, retour de l'hôpital où il vient de commettre une grosse c***erie, l'intensité de son jeu m'a rappelé Jack Nicholson dans Shining, c'est dire ! Pourtant, la véritable trouvaille de ce casting, c'est Aidan Delbis, le malheureux cousin de Teddy/Plemons, entraîné malgré lui dans cette folle histoire (de kidnapping de la PDG de l'entreprise où Teddy travaille à un petit poste subalterne) et qui ne sait absolument plus sur quel pied danser ni comment sortir de ce guêpier : il est si vrai qu'on en oublie qu'on regarde un film ! Troisième point fort : la bande son. Elle apporte énormément au film, dramatisant à merveille certaines scènes qui, autrement, apparaîtraient anodines. Autre façon de dramatiser le film, son découpage en 3 ou 4 chapitres (3 jours, 2 jours, 1 jour avant l'éclipse lunaire, enfin : jour de l'éclipse lunaire) est, ici, assez malin parce qu'il nous prépare à... quelque chose, une sorte d'acmé. Il y aurait beaucoup d'autres choses à dire, notamment au niveau de la façon dont toute cette histoire est filmée (en 35 mm, ai-je lu), mais je m'en tiendrai là. Personnellement, j'ai pris beaucoup de plaisir au film et beaucoup aimé la mélancolie de la chanson finale : Where Have All the Flowers Gone ? chantée par M. Dietrich. Pour moi, Bugonia est un des très bons films de l'année.
https://www.youtube.com/watch?v=NVRyVNfLSng