De Lánthimos, je n’avais vu que The Lobster, il y a une dizaine d’années et j’en étais sorti charmé et intrigué. C’est avec ce même dernier sentiment que je lance sa dernière réalisation parfaitement vendue à grands coups d’Emma Stone au crâne rasé. C’est pas que j’aime tant que ça les crânes rasés hein, c’est plus que j’aime bien la combinaison d’Emma Stone et de crânes rasés.
Teddy est apiculteur et en ces temps d’incertitude anxiogène, il craint pour ses abeilles et pour l’avenir de l’humanité. Vivant persque reclus chez lui avec son cousin un peu limité, il nourrit sa névrose par tout un tas de théories du complot. C’est peut-être pas l’idée du siècle, mais il va se mettre en tête qu’il doit enlever Michelle Fuller, la PDG d’un grand groupe pharmaceutique, pour lui faire avouer qu’elle est en fait un alien. Forcément, ça ne se passe pas comme prévu … même si on ne sait pas bien ce qui était prévu.
Au-delà de l’humour très très décalé de l’ensemble, auquel on accrochera ou pas, c’est surtout une réflexion sur le raisonnement. Ainsi, on pourrait adhérer aux thèses farfelues de Teddy en suivant sa logique depuis le constat jusqu’à la solution. Mais on sait que c’est farfelu alors non, on ne le suivra pas. Par conséquent, on pourra se reconnaître dans l’argumentaire de Michelle, nettement plus raisonnable. Et peu importe si elle est réellement une vipère manipulatrice et un symptôme du cancer qui ronge ce monde ? Dilemme. De toute façon, c’est bien la conclusion qui rabat les cartes et c’est bien le farfelu qui l’emporte. Alors, quelle est la morale de cette histoire ? Aucune idée si ce n’est qu’on tient là un beau gâchis. Ça emprunte un peu partout, du Bug de Friedkin (beaucoup) au 10 Cloverfield Lane de Trachtenberg et passant par une touche de cette Armée des 12 singes et surtout chez Shyamalan, tendance Signes. Du coup, ce pot pourri intrigue, mais il sent le renfermé. Et ce n’est pas la fin grotesque qui va nous faire douter. Reste qu’il y a aussi de très bonnes choses. En premier lieu, l’interprétation est solide et on kiffe Emma Stone (au crâne rasé donc) et surtout Jesse Plemons (comme toujours). On aimera aussi cette ambiance de huis clos, certes déjà vue, qui sait maintenir la tension du thriller. On appréciera malgré tout, la mise à jour des thèmes complotistes de toujours, à l’heure où on questionne l’humanité d’un Musk, sorte d’avatar d’une invasion des profanateurs (oui, autre référence induite). Au final, les deux heures s’écoulent sans souci et on ressort de là avec la joie d’avoir vu un thriller qui tente un truc et la sensation d’avoir été pris pour un benêt.
Conclusion ? Trop pour être honnête, ce thriller maquillé en comédie déçoit mais se regarde sans déplaisir. Et débrouillez-vous avec ça.
>>> La scène qu’on retiendra ? La révélation forcément. Et donc la déception qui l’accompagne.