Kevin Feige, le monsieur à la tête du Marvel Cinematic Universe (MCU), souhaite mettre en avant un personnage féminin fort dans son univers partagé. Il envisage ainsi plusieurs héroïnes pour un film solo dont Black Widow interprétée par Scarlett Johansson, et déjà présente dans pas moins de sept films du MCU. Finalement, c’est en 2014 que le film sur l’héroïne Carol Danvers alias Captain Marvel est enfin annoncé pour novembre 2018 avant d'être repoussé à mars 2019.
Captain Marvel se fait une place de choix dans le MCU, diffusé entre le diptyque Avengers : Infinity Wars en 2018 et Avengers : Endgame en 2019 (je ne compte pas Ant-Man & The Wasp), le fan de super-héros se sent obligé de se déplacer en salle pour voir ce film car, sinon, il ne sera pas à jour avant la sortie en salle du dernier film qui clôtura The Infinity Saga.
Pour écrire et réaliser le film, Kevin Feige fait appel à deux cinéastes venus de l’indépendant, Anna Boden et Ryan Fleck. Le binôme a déjà l’habitude de travailler ensemble depuis leurs études de cinéma. Ils ont, en effet, écrit et réalisé conjointement plusieurs films, mais on retiendra presque exclusivement Half Nelson et Sugar. Des œuvres intimistes et aux budgets modérés. Ce film est ainsi leur première réalisation dans le monde des blockbusters.
Le film s’ouvre sur un hommage à Stan Lee qui nous a quitté le 12 novembre 2018, puis va s’intéresser à Carol Danvers, amnésique, dotée de pouvoirs extraordinaires, qui se cherche. Alternant entre flashbacks, visions et révélations, le long-métrage propose alors un montage à deux cents à l’heure. Si quelques scènes sont donc de beaux moments de bravoure, il est toutefois regrettable de voir à coté une mise en scène qui ne suit pas vraiment. L’ensemble est propre, mais les deux cinéastes ne parviennent que rarement à proposer une réalisation vraiment prenante. Seules une ou deux scènes se démarquent finalement grâce à leur travail, bien trop générique alors que le personnage de Captain Marvel se prêtait à de vrais moments cinématographiques. Les cuts sont trop marqués, les plans sont trop rapides et ne prennent pas le temps de se poser sur les personnages. Cette réalisation expéditive empêche l’émotion de s’installer et bride les séquences les plus percutantes. De fait, le résultat est décevant. Propre, mais sans fulgurances. Alors que les pouvoirs de Captain Marvel offrent une liberté visuelle infinie, les cinéastes restent trop classiques. Plus gênant encore, ils ne savent pas filmer l'action qui reste toujours très minimaliste.
En tête d’affiche, naturellement, Brie Larson trouve là un rôle lui allant comme un gant. La jeune comédienne prête ses traits à cette ancienne pilote de chasse avec une trop belle conviction. Une lourde tâche pourtant pour l’actrice, puisque c’est le tout premier film du MCU à placer au premier plan une femme. Trop confiante, trop déterminée, trop rebelle, elle incarne une héroïne ô combien non-humaine avec des capacités surhumaines. Comment est-ce qu’on s’attache à ce personnage bien trop antipathique ?
Le personnage de Brie Larson semble ici tout simplement imbattable. Il n’est pas trop question là de voir un héros chercher à maîtriser ses pouvoirs. Certes, elle progresse au fur et à mesure, mais Carol Danvers est douée et elle le sait. Même si elle trébuche, même si elle se trompe, même si elle ne sort pas victorieuse de ses combats, elle est consciente de sa capacité à se battre, de son talent. Épuisant et préparant le Deus Ex Machina de Avengers : Endgame.
Heureusement, Brie Larson est accompagnée d’un certain Nick Fury, recrue encore jeune de l'organisation du S.H.I.E.L.D. Le film se situe en effet dans les années 90. C’est l’occasion de revoir un personnage emblématique du MCU, Nick Fury, incarné par Samuel L. Jackson. La technique utilisée pour rajeunir le personnage est à ce titre tout simplement bluffante. Cette technologie, assez récente, qui vise à rajeunir les acteurs, s’est déjà vue dans d’autres films, mais il ne s’agissait alors que de quelques scènes. Ici, Samuel L. Jackson n’apparaît que sous cette forme de lui, plus jeune. Le résultat surprend de naturel et donne le sentiment de revoir l'acteur dans sa jeunesse. Sans aucun doute une future référence en matière de rajeunissement numérique. Dans le S.H.I.E.L.D, on aura aussi le plaisir de revoir Phil Coulson incarné par le plaisant Clark Gregg qui bénéficie aussi du rajeunissement numérique.
D'un point de vue technique, le film oscille entre le bon et le moins bon. La musique composée par Pinar Toprak est anecdotique, et les morceaux choisis pour accompagner certaines scènes tombent souvent comme un cheveu sur la soupe. Pinar Toprak a été choisi uniquement car c’est une femme, c’est une certitude, et non pas pour ses talents (parce qu’il faut que des femmes pour un film mettant en scène une femme). Le film modère ses effets visuels, la plupart d'entre eux sont réussis, mais quelques fautes de mauvais goûts sont aussi présents. Le dernier acte ressemble par moment à une grosse cinématique de jeux-vidéo, c’est horrible.
Captain Marvel rapporte plus de 1.100.000.000$ au box-office et ce n’est pas grâce à la qualité du film en lui-même. Son succès commerciale représente une anomalie, surtout quand on voit les retours presse et spectateur. Comme dit plus haut, je pense que sa place entre Avengers : Infinity Wars et Avengers : Endgame a fait de ce film, un des films les plus rentables de la décennie.
Captain Marvel est un film malhonnête avec un aspect générique. Il n’arrive pas à convaincre avec ses personnages, son univers et une Brie Larson, antipathique dans le rôle de Carol Danvers. Il faut juste admettre en réalité que Captain Marvel est un amuse-bouche qui vient poser la dernière pièce à l'édifice avant le grand final Avengers : Endgame.