M’attaquer au cinéma de Roman Polanski fut l’une des meilleures décisions de cette année 2026. Je rechignais à y aller au vu du passé du bonhomme, mais il faut avouer que le cinéaste franco-polonais est bourré de talent. Après avoir vu l’exceptionnel Rosemary’s Baby, les excellents Chinatown et Le locataire ainsi que le très mauvais J’accuse, je me suis lancé dans Carnage, à l’aveugle, sans avoir la moindre idée de ce que ça pouvait bien raconter. Je ne suis pas déçu, attention aux spoilers !
Carnage est un huis-clos qui nous donne une pelletée d’émotions et de visages différents, d’où l’affiche du film avec les 4 acteurs principaux présentés chacun sous 3 teintes de couleur différentes et présentant 3 expressions faciales diverses. D’abord les faux-semblants, puis le bouillonnement intérieur avant que tout ça n’explose et vire au chaos.
Polanski installe déjà une sorte de malaise dès le début, alors que tout le monde jouent encore les faux-culs, on sent que tout le monde fait semblant. Puis parfois, alors que tout peut se terminer : non, il faut sans cesse rajouter quelque chose, toujours avoir le dernier mot. Un comportement d’enfant et c’est d’ailleurs ce que montre le film, les parents sont moins mature que leurs gamins, particulièrement lorsqu’il s’agit de ces derniers. Finalement, après plus d’une heure de malaise, de colère retenue puis expulsée et de digestion d’un immonde clafoutis, Polanski clôt son film par Ethan et Zachary jouant ensemble au parc, les enfants ayant déjà éliminé toute rancœur de ce geste malheureux. Et c’est vraiment ce que j’ai apprécié dans ce film, en plus de la mise en scène du réalisateur et du jeu des acteurs ( en grande forme d’ailleurs, notamment le jeu toute en subtilité de Christoph Waltz ), c’est que l’adulte moderne est par nature hypocrite et que cela mène au chaos tandis que les enfants, par défaut puisqu’ils ne comprennent pas encore l’hypocrisie, le mensonge et les faux-semblants, sont réduits ( et fort heureusement ) à l’honnêteté et la franchise.
Enfin bref petit coup de cœur pour ce film aux allures de pièce de théâtre ( c’est d’ailleurs l’adaptation de la pièce Le Dieu du Carnage de Yasmina Reza ) !