Avec Chien 51, Cédric Jimenez s’aventure sur le terrain de la science-fiction d’anticipation, dans un futur dystopique rappelant Bienvenue à Gattaca, Minority Report, I-robot, Les Fils de l'homme ou encore le roman 1984. L’idée, adaptée du roman de Laurent Gaudé, promettait une réflexion sur la déshumanisation, la surveillance de masse et la perte d’identité. Sur le papier, tout y est. Mais à l’écran, le mélange entre polar et SF tourne court.
Jimenez, plus à l’aise dans le film noir (La French, BAC Nord, Novembre), peine à faire exister ce monde futuriste : les décors semblent plaqués, la mise en scène manque de souffle, et le scénario se perd dans des clichés — notamment celui, usé, de la machine qui se retourne contre l’homme. L’enquête, censée être le fil rouge, s’effiloche vite dans une narration confuse et une esthétique de polar fatiguée.
Gilles Lellouche campe un macho bougon à la limite de la caricature (n’est pas Bacri qui veut), tandis que le rapprochement avec Adèle Exarchopoulos ne débouche sur rien de convaincant. Louis Garrel, Artus, Valéria Bruni-Tedeschi, Stéphane Bak ou Lala &ce sont relégués à la figuration. Même la scène du karaoké, censée humaniser les personnages, tombe à plat, avant une course-poursuite stérile dans les bas-fonds de ce Paris dystopique.
Il reste quelques idées visuelles et un vrai potentiel thématique, mais Chien 51 donne l’impression d’un film bâclé, où le bon point de départ se dilue dans une exécution inégale. Un Jimenez hors de sa zone de confort, et ça se sent.