Avant de m'acharner sur le fond, un point d'honnêteté : l'artisanat technique est correct, voire soigné. L'univers visuel, en particulier, affiche une ambition louable pour une production française de science-fiction.
Fin de la parenthèse positive.
Le cœur du problème réside dans l'effarante naïveté du propos. Le film prétend nous vendre une vision choc : un Paris dystopique, clivé en zones strictement séparées selon les classes sociales — les dirigeants sécurisés à l'Île de la Cité, les bourgeois alentour, et les "prolos" confinés sur le périphérique.
Le film vend cet élément comme une nouveauté dystopique radicale. L'ironie est écrasante : il échoue à comprendre qu'il ne fait que dépeindre, à peine maquillée, la réalité sociologique actuelle de la capitale. Chien 51 nous dit : « Imaginez un Paris où la ségrégation sociale est institutionnalisée ! Quelle idée subversive ! » Il rate l'occasion de critiquer ou de pousser ce constat à son paroxysme, se contentant de le mimer grossièrement.
L'imagerie du Mur de Berlin et des grandes portes censées sanctuariser les zones n'arrange rien. La tentative d'établir ces frontières rigides s'effondre en trente secondes, révélant un immense gruyère scénaristique. Le film se croit brillant et malin, mais ne cesse d'enchaîner les buts contre son camp, démontrant un manque flagrant de perspicacité politique et architecturale.
Nous arrivons à la catastrophe absolue : l'Intelligence Artificielle. Cet élément central, sur lequel repose l'intrigue, est d'une confusion abyssale. Le film démontre une méconnaissance crasse des mécanismes, motivations et enjeux d'une véritable IA. Ses actions et son rôle restent nébuleux, ses objectifs sont flous, et on ne comprend jamais vraiment pourquoi cette IA est l'épicentre d'un récit qu'elle ne parvient pas à animer. Elle n'est qu'un gadget scénaristique inerte au service d'un thriller bancal.
Chien 51 est à l’image de son titre, déplaisant et laid. Un savoureux mélange entre de la science-fiction mal digérée et la vision politique d’un enfant de deux ans.