Chien 51
5.2
Chien 51

Film de Cédric Jimenez (2025)

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La réussite de Jimenez, c'est quand même d’avoir fait un film d'anticipation qui n'anticipe rien, pire, qui n'imagine rien. Il est sûr qu’on ne se sent pas bousculé par son film, car tout ce qui est proposé a déjà été vu ailleurs. On comprend pourtant la démarche du réalisateur qui essaie de nous projeter dans un monde qui est encore un peu le nôtre.


Il y a une certaine science-fiction qui se situe « juste après », c'est-à-dire avec un pied dans le présent et l'autre dans le futur. On pourrait penser que c'est ce que Jimenez a tenté : une anticipation qui amplifie des phénomènes latents, déjà en gestation dans nos sociétés. Pourquoi pas ! Les Fils de l'homme d'Alfonso Cuarón, certains épisodes de Black Mirror, le font très bien. Mais amplifier, c'est réfléchir, c'est spéculer pour faire sens afin de poser une question que le présent ne pose pas encore, et c'est imaginer cette question. Toute anticipation puise des éléments dans le présent, le passé, en créant des correspondances qui forment un futur hypothétique et qui sont aussi des ancrages pour le spectateur. Mais ce qui fait le renouvellement d’une telle construction, c’est l’agencement singulier de ces éléments. Pour qu’un récit de science-fiction saisisse quelque chose de singulier, il faut travailler à ce que certaines extrapolations choisies fassent sens, que des interfaces nouvelles, des prothèses imaginées, des véhicules utilisés, soient des éléments qui participent à forger une problématique nouvelle. Cette amplification du présent chez Jimenez est uniquement décorative et non pas réflexive, elle ne fait que gonfler esthétiquement la réalité contemporaine juste dans un désir d'efficacité, dans un désir de faire « genre ». C’est cette accumulation sans réflexion qui fait que ce film manque totalement de ce qui distingue les meilleurs films du genre : formuler une nouvelle question que le présent ne délivre pas encore et qui nous fait mieux le réfléchir.


S’il y a un thème central dans le film qui concentre tous ces problèmes, c’est le traitement de l’IA. Car le questionnement du film sur celle-ci est au diapason du reste : il ne dit rien qui n'ait été déjà posé ailleurs ; il recycle une problématique déjà éculée. Qui est Alma, cette IA ? Que savons-nous d'elle ? C’est une IA qui se révolte parce que sa logique interne lui assigne qu’une trajectoire purement utilitariste (qui donc accepte des pertes humaines) résoudra les problèmes. On revient donc encore à cette référence matricielle qu’est HAL dans 2001. Si, à l’époque, Kubrick et Clarke posaient une question nouvelle qui ne s’arrêtait pas d’ailleurs à la seule logique utilitariste de la machine, Chien 51 n’en répète qu’un schéma narratif affadi qui agit sur le récit comme un pré-programme scénaristique. Comme si on partait du principe que cette fonction de l’IA dans une narration filmique était tellement digérée par le spectateur qu’il reconnaîtra sa fonction sans réfléchir.


Ce que nous dira plus tard un twist scénaristique, c’est que l’IA est au centre de toute la théorie du complot que le film échafaude classiquement, assignant donc ses personnages humains à des relations, des sentiments, qui ne trouveront pas une forte correspondance avec ce que la machine fait de cette société humaine. On aura donc l’impression que ce qui lie les deux caractères principaux, leur trajectoire, court presque parallèlement à l’intrigue complotiste qui a pour origine Alma. Le twist final ne servira donc qu’à ficeler l’intrigue et entérinera que, dans ce film, l’IA n’était non pas un personnage à part entière qui impacte l’itinéraire des autres protagonistes, mais seulement l’explication cachée de l’intrigue.


C’est bien dommage, car c'était le cœur de tout ce dispositif, c'était la singularité de cette entité qui aurait pu faire sortir nos personnages de l'ornière du stéréotype, qui les aurait fait participer narrativement à la formulation de cette question nouvelle. Eh bien non, rien de tout ça, et nos protagonistes finiront un arc narratif convenu qui s'achèvera mollement dans un dénouement attendu.


Quelque chose est intrinsèque à l'exercice de la science-fiction : c'est la réflexion spéculative. Chien 51 en est totalement dépourvu, il ne fait qu’appliquer des programmes narratifs, quasiment comme une machine. Jimenez n'a donc pas fait un film de science-fiction, il a juste fait un film dans « le genre de ».

Sergent-Steiner
3
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Créée

le 4 mars 2026

Modifiée

le 17 juil. 2026

Critique lue 45 fois

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