Qui est le film ?
Tourné sur près de vingt ans, assemblé comme un patchwork de courts métrages, le film se présente comme une œuvre modeste, souvent défendue comme une ode au minimaliste. Le film aligne une série de conversations autour de tables, rythmées par le café et la cigarette. Rien de plus. La tension n’est donc pas narrative mais conceptuelle : jusqu’où peut-on réduire le cinéma sans le vider de sa nécessité ? Et surtout, cette réduction produit-elle encore du sens, ou seulement un confort esthétique pour initiés ?
Par quels moyens ?
Jarmusch choisit de filmer ce qui, d’ordinaire, ne mérite pas l’attention : discussions banales et temps suspendu entre deux gorgées. Sur le papier, l’intuition est forte. Mais à force de vouloir neutraliser l’événement, le film finit par neutraliser aussi l’enjeu. Le presque rien devient souvent un strict rien. Là où le minimalisme devrait aiguiser le regard, il produit souvent une sensation de flottement poli, sans résistance réelle.
Noir et blanc, cadre fixe, table, café, cigarettes : la règle est claire et répétée jusqu’à l’obsession. Le dispositif, d’abord stimulant, se rigidifie rapidement. Les variations sont si minimes qu’elles deviennent anecdotiques. Les dialogues tournent en rond. On parle des bienfaits et méfaits du café, des dangers du tabac, de réussite, de musique, de reconnaissance. Le film semble vouloir dire que le vide du langage révèle un malaise plus profond. Mais à force de répéter ce même schéma, la parole devient un tic d’écriture.
Ensuite, la présence de célébrités amuse, crée un léger décalage mais ne dépasse que rarement le stade du clin d’œil. Le film semble parfois se satisfaire de cette reconnaissance complice, comme si le dispositif suffisait à produire du sens par simple auto-réflexivité.
Quelle lecture en tirer ?
Coffee and Cigarettes est un film qui s’installe dans une zone de confort esthétique et intellectuel. Il observe la difficulté d’être ensemble mais sans jamais vraiment la mettre en crise. Il regarde le vide mais sans risquer d’y tomber. Le problème n’est pas l’absence d’événement mais l’absence de nécessité. À force de filmer le temps mort, Coffee and Cigarettes oublie parfois de le faire parler. Et laisse le spectateur, café froid à la main.