Il y a des réalisateurs qui semblent comme prisonniers de certaines de leurs œuvres.
Yeon Sang-ho est de ceux-là.
Car l'on ne cesse de le renvoyer à son formidable Dernier Train pour Busan, soit disant unique chef-d'oeuvre de sa filmographie, pour mieux souligner ensuite ses errements et ses déroutes. C'est oublier à quel point Peninsula avait au moins les couilles de défier les attentes imbéciles et de n'avoir finalement que très peu de rapport avec son aîné. C'est oublier à quel point Seoul Station, dans le registre animé, était lui aussi un petit bijou du genre.
Colony parle encore une fois de zombies – ou d'infectés – et d'épidémie à arrêter. Première impression de redite paresseuse d'un sujet dans lequel Yeon Sang-ho semble se réfugier, faute de mieux. Mais il le fait bien, avec quelque originalité.
Les premières minutes du film lorgneront moins du côté de [REC] que d'un mélange de Tour Infernale, Une Journée en Enfer et du mall cher à George Romero. Une hybridation qui a tout de la bonne idée, doublée d'une approche un petit peu originale, enfin, de la figure du zombie. Créature que Yeon Sang-ho choisit de traiter dans une certaine animalité initiale, ancrée dans ce que le film appelle une intelligence collective.
Soit un véritable esprit de ruche, donnant lieu à quelques images marquantes, dont on n'avait plus trop l'habitude dans le genre. C'est que l'aspect de communauté décrit par Colony pourra être vu de différentes manières. Comme une critique de cette dissolution de l'esprit individuel à même de démarquer. Ou encore comme celle, terriblement actuelle, comme dans Good Luck, Have Fun, Don't Die, de l'émergence de l'intelligence artificielle, dans sa manière d'imiter, images monstrueuses à l'appui, l'humanité qui l'a engendrée et à laquelle elle se confronte.
Enfin, il sera étrange de constater que Yeon Sang-ho semble prendre un malin plaisir à mettre en parallèle cette ruche grouillante en perpétuelle apprentissage et la lente désagrégation de son groupe de personnages principaux face à la menace et aux nécessités de la survie. Entre quelque mort surprenante et intéressants retournements d'un scénario qui s'affranchit de son lieu unique.
Il sera tout aussi étonnant de constater que Colony n'est pas aussi gore qu'il aurait pu l'être, en se focalisant non pas sur l'horreur, mais sur l'action captée caméra à l'épaule, une gestion diabolique des déplacements et de la géographie, les assauts rageurs de ces zombies mimétiques apprenant de chaque confrontation.
Ou encore cette adaptation constante dans la survie, les moyens de communiquer et de leurrer les infectés. Comme un moyen de renouvellement constant du film.
Et si Yeon Sang-ho ne réinvente pas le genre, il lui apporte cependant une nouvelle énergie salutaire, ainsi qu'un appétit vorace dans le divertissement qu'il propose, identique à celui qui portait l'incroyable Dernier Train pour Busan et le fragile mais généreux Peninsula.
Behind_the_Mask, adepte de la théorie de l'évolution.