Auteur du très remarqué Dernier train pour Busan, le réalisateur sud-coréen Yeon Sang-Ho confirme son attrait pour le film de zombies avec Colony. Tout l’intérêt de cet énième film de genre repose sur une idée alléchante : Un fou du bus commet une attaque terroriste biologique avec un virus expérimental qui transforme les gens en bête sauvage assoiffée de sang. Se comportant d’abord de façon primitive, ils évoluent rapidement et développent une intelligence collective, pouvant communiquer entre eux. Ils se transforment alors en armée avec le fou du bus en chef de rang. C’est nanardesque à souhait mais les coréens pourraient me vendre n’importe quoi, je serai hypé. Le concept est particulièrement terrifiant et bien amené.
Malheureusement, après l’effet d’annonce, il ne reste plus grand-chose à se mettre sous la dent. Colony fait partie de ses films dont le récit repose sur son idée de base, sans vraiment savoir quoi en faire. L’œuvre devient rapidement une succession de scènes téléphonées et de déconvenues. On subit un enchainement de lieux communs : ascenseur, salle de contrôle de vidéosurveillance, laboratoire des horreurs, parking souterrain. L'écriture est peu inspirée avec une accumulation de dialogues techniques des autorités et des scientifiques sur l'origine du virus et comment s'en débarrasser. Et on n’échappe pas aux traditionnelles scènes de films de zombies : l'élaboration d'un plan pour faire diversion, le personnage qui sert d’appât, celui encerclé qui se sacrifie pour les autres, ou encore le stratagème tiré par les cheveux pour tromper la vision et l'odorat des zombies.
Et tous ces défauts seraient pardonnables si on était face à un nanar complètement assumé. Sauf que Colony se prend beaucoup trop au sérieux là où l’autodérision serait de mise. Contrairement au Dernier train pour Busan qui allait à vitesse grand V, Colony se refuse de tomber dans un excès jouissif (fini les montagnes de zombies) et préfère la sobriété. Le film est même étonnamment peu violent.
Les scènes d’action n'ont aucune inventivité et se ressemblent toutes : caméra à l’épaule toujours en mouvement empêchant une bonne visibilité de l’action et chorégraphies/cascades quasi-identiques à chaque fois. Même si certaines scènes tentent timidement d'aller vers l'absurde, seule la séquence finale réussit à nous saisir.
Colony finit par être un film factice, sans âme ni véritable intention. Même les personnages sont absents, et n’ont aucun charisme (la fausse nonchalance de l'antagoniste en est d’ailleurs presque cringe).
On a l'impression d'avoir un scénario en pilotage automatique avec des acteurs livrés à eux-mêmes qui peinent à exister. Et même si l'on pourrait parfois percevoir un écho avec notre société ultra connectée et individualiste qui connait une uniformisation aliénante, il y a trop peu d'éléments pour en faire une vraie critique sociale.
Malgré sa photographie soignée (comme toujours avec les Sud-coréens), un acting de qualité, des effets spéciaux réussis et une idée de départ originale, Colony est malheureusement la preuve que le concept de film de zombies a été rongé jusqu'à l'os et que rien ne semble pouvoir lui permettre de se renouveler.