Colorado
7.4
Colorado

Film de Sergio Sollima (1966)

Premier film du troisième Sergio spaghetti (Sollima, après Leone et Corbucci) que je vois, et c'est à se demander comment j'ai mis autant de temps à le rencontrer. Non pas que Colorado soit un western sensationnel et incontournable, mais il propose une variation supplémentaire autour du genre qui vaut le détour à plusieurs titres.


Déjà, le duo de tête est une satisfaction en soi : d'un côté Lee Van Cleef le hiératique, avec son visage anguleux et son regard perçant tous deux uniques (pour une fois dans la peau d'un plus ou moins "gentil"), et de l'autre Tomas Milián le cabotin hispano — que je n'avais jamais vu ailleurs il me semble. Leur opposition est certes de principe, avec une rétention d'information pas franchement justifiée (pourquoi Milián ne tente pas de se justifier au tout début, ça reste un mystère), mais elle reste efficace du point de vue de la dynamique narrative. Du point de vue comique, j'aime beaucoup ce personnage de pouilleux qui prend tous ses proches pour des cons et use de la ruse pour se dépatouiller d'à peu près n'importe quelle situation.


Au final les grands thèmes classiques du spaghetti ne sont pas forcément là, il n'y a pas de vrai sadisme, pas de grands duels interminables mis en scène de manière typiquement baroque (il y en a quelques uns quand même). Il y a Morricone, certes. Mais le film tend beaucoup plus frontalement que n'importe quel Leone vers la fable politique, avec une bonne composante anar qui n'est pas pour me déplaire, l'éternel étranger bouc-émissaire et quelques petits tacles anti-cléricaux (avec des répliques, en substance, du type "J'ai sauvé votre fille — C'est ma femme."). Étonnamment ici, Van Cleef n'incarne pas un salopard de première mais un simple chasseur de prime mi-shérif mi-sénateur qui commencera par servir ses propres intérêts (prudemment) avant que sa conscience ne le rattrape. Il y a aussi un petit je ne sais quoi de subversion sociale avec le personnage du baron von Schulenberg, un aristocrate germanisant avec son monocle, évoquant vaguement le baron von Rauffenstein de La Grande Illusion dans son rapprochement de classe avec Van Cleef.


http://www.je-mattarde.com/index.php?post/Colorado-de-Sergio-Sollima-1966

Créée

le 2 juil. 2019

Critique lue 215 fois

Morrinson

Écrit par

Critique lue 215 fois

7

D'autres avis sur Colorado

Colorado

Colorado

9

DjeeVanCleef

le 29 août 2013

Suivre

Run, man, run.

Quand, petit con que j'étais, j'ai découvert Van Cleef, il s'appelait Sentenza et c'est lui que j'ai adoré. Tuco ensuite. (Blondin n'a jamais été ma came) Il avait la classe, une tige de chasseur de...

Colorado

Colorado

8

ElDiablo

le 5 juil. 2013

Suivre
Dernière modification

le 5 juil. 2013

Titi & Grosminet au Far West

Un Sergio pour les gouverner tous ?Le Western Spaghetti, dont Sergio Leone est le maître incontesté, est un genre capable du meilleur comme du pire. Cherchant à tout prix à surfer sur la vague Leone,...

Colorado

Colorado

7

Jambalaya

le 20 mars 2013

Suivre

Les Chasses Du Comte Van Cleef.

On découvre le western spaghetti à travers l’œuvre de Sergio Leone, il devient ensuite difficile d’en sortir, tant on craint d’être déçu par d’autres réalisateurs. Alors, transi par l’angoisse, on...

Du même critique

Boyhood

Boyhood

5

Morrinson

le 20 juil. 2014

Suivre

Boyhood, chronique d'une désillusion

Ceci n'est pas vraiment une critique, mais je n'ai pas trouvé le bouton "Écrire la chronique d'une désillusion" sur SC. Une question me hante depuis que les lumières se sont rallumées. Comment...

Birdman

Birdman

5

Morrinson

le 10 janv. 2015

Suivre

Batman, évidemment

"Birdman", le film sur cet acteur en pleine rédemption à Broadway, des années après la gloire du super-héros qu'il incarnait, n'est pas si mal. Il ose, il expérimente, il questionne, pas toujours...

Her

Her

9

Morrinson

le 8 mars 2014

Suivre
Dernière modification

le 18 mars 2014

Her

Her est un film américain réalisé par Spike Jonze, sorti aux États-Unis en 2013 et prévu en France pour le 19 mars 2014. Plutôt que de définir cette œuvre comme une "comédie de science-fiction", je...