Mais pourquoi JP Mocky n'est pas crédité au générique ?!

Le film est signé Jean-Jacques Annaud mais pourrait être de JP Mocky, coutumier des comédies féroces. Ici aussi, des répliques qui font mouche ( "J’entretiens onze imbéciles pour en calmer huit cents qui n’attendent qu’une occasion pour s’agiter") et une belle affiche, mention spéciale à Dewaere en joueur de foot un peu looser, lumineux et sensible comme à l'accoutumée, et à Jean Bouix, parfait en patron d'usine paternaliste et manipulateur.

Le film déroule le destin contrarié d'un petit joueur de foot, viré de son club ( crime de lèse-majesté : il a bousculé le joueur vedette), de son usine ( évidemment, le patron est le president du club de foot), du bistrot enfin ( pas difficile à deviner : c'est le bistrot des fans de foot).

L'intrigue est assez marrante, Jean-Pierre Mocky - pardon, Jean-Jacques Annaud - égratigne les compromissions et les petits arrangements louches entre notables, il épingle la bêtise et l'aveuglement et se montre particulièrement féroce à l'égard de la vie en province, les villes mornes où l'on s'ennuie ferme et où, heureusement, il y a ... le foot.

Sociologiquement, le film est daté. Trincamp, la ville de François Perrin, est montrée comme un désert culturel où les lieux de socialisation sont rares : le stade, l'usine, le bistrot. Mais ça c'était avant, avant les politiques de décentralisation, avant le télétravail, avant internet et l'entrée dans ce nouveau millénaire. Dans une France décentralisée, l'opposition entre Paris et ce qu'on appelait la province n'a plus lieu d'être.

Par contre, on ne méditera jamais assez cette réplique : "J’entretiens onze imbéciles pour en calmer huit cents qui n’attendent qu’une occasion pour s’agiter". Dans une société marquée par l'explosion des inégalités, il faut de la diversion - c'était la fonction de la tv selon Pierre Bourdieu - , il faut du pain et des jeux (selon la formule romaine), il faut du foot.



Merle-noir
6
Écrit par

Créée

le 2 déc. 2025

Modifiée

le 3 déc. 2025

Critique lue 7 fois

Merle-noir

Écrit par

Critique lue 7 fois

1

D'autres avis sur Coup de tête

Coup de tête

Coup de tête

8

Ze_Big_Nowhere

372 critiques

Coup de pied au cul

Trincamp. Son usine. Son club de foot. Son bar des sports. Ses autochtones. C'est dans ce petit coin de France loin de tout. Ces petits coins de province qui sentent bon les vieilles familles de...

le 20 févr. 2014

Coup de tête

Coup de tête

10

cajole91

62 critiques

Greta contre Donald

Ce film montre une énorme prestation de Dewaere; pour moi parmi les meilleures de l'histoire du cinéma français, voire du cinéma tout court. Sa rébellion, ou devrais-je dire résistance mentale...

le 22 janv. 2020

Coup de tête

Coup de tête

8

Gand-Alf

2256 critiques

La revanche d'un homme nommé Perrin.

Second long-métrage de Jean-Jacques Annaud, sur un scénario de Francis Veber, "Coup de tête" serait parti de la montée en puissance de Guingamp (à l'époque modeste club de football) pendant la Coupe...

le 5 janv. 2015

Du même critique

Maternité éternelle

Maternité éternelle

8

Merle-noir

16 critiques

Vivre, version féminine dans le Japon des années 50

Kurosawa, dans Vivre (1952), avait fait le portrait d'un vieil employé de bureau se sachant condamné par un cancer à l'estomac, décidé à vivre enfin, puis trouvant le moyen de donner du sens à son...

le 24 janv. 2026

Les Impitoyables

Les Impitoyables

6

Merle-noir

16 critiques

Western spaghetti

Un casting alléchant (Lee van Cleef, Jack Palance) mais un western improbable aux couleurs criardes, à regarder au second degré. Le méchant (Jack Palance) est archétypal, le bon (Lee van Cleef) prend...

le 12 sept. 2025

Seneca - On the Creation of Earthquakes

Seneca - On the Creation of Earthquakes

4

Merle-noir

16 critiques

Lisez plutôt le Sénèque de Paul Veyne

Le sujet est intéressant : un philosophe ( stoïcien), conseiller du prince puis tombé en disgrâce, confronté à la mort, sa propre mort. Sénèque était précepteur de Néron, et cela soulève...

le 31 mars 2025