Le film est signé Jean-Jacques Annaud mais pourrait être de JP Mocky, coutumier des comédies féroces. Ici aussi, des répliques qui font mouche ( "J’entretiens onze imbéciles pour en calmer huit cents qui n’attendent qu’une occasion pour s’agiter") et une belle affiche, mention spéciale à Dewaere en joueur de foot un peu looser, lumineux et sensible comme à l'accoutumée, et à Jean Bouix, parfait en patron d'usine paternaliste et manipulateur.
Le film déroule le destin contrarié d'un petit joueur de foot, viré de son club ( crime de lèse-majesté : il a bousculé le joueur vedette), de son usine ( évidemment, le patron est le president du club de foot), du bistrot enfin ( pas difficile à deviner : c'est le bistrot des fans de foot).
L'intrigue est assez marrante, Jean-Pierre Mocky - pardon, Jean-Jacques Annaud - égratigne les compromissions et les petits arrangements louches entre notables, il épingle la bêtise et l'aveuglement et se montre particulièrement féroce à l'égard de la vie en province, les villes mornes où l'on s'ennuie ferme et où, heureusement, il y a ... le foot.
Sociologiquement, le film est daté. Trincamp, la ville de François Perrin, est montrée comme un désert culturel où les lieux de socialisation sont rares : le stade, l'usine, le bistrot. Mais ça c'était avant, avant les politiques de décentralisation, avant le télétravail, avant internet et l'entrée dans ce nouveau millénaire. Dans une France décentralisée, l'opposition entre Paris et ce qu'on appelait la province n'a plus lieu d'être.
Par contre, on ne méditera jamais assez cette réplique : "J’entretiens onze imbéciles pour en calmer huit cents qui n’attendent qu’une occasion pour s’agiter". Dans une société marquée par l'explosion des inégalités, il faut de la diversion - c'était la fonction de la tv selon Pierre Bourdieu - , il faut du pain et des jeux (selon la formule romaine), il faut du foot.