Un ancien soldat des commandos d'élite anglais a déserté à la suite d'un syndrome post-traumatique et est devenu clodo à Londres.Il vit dans un carton avec une pute qui cherche à échapper à ses souteneurs.Mais les mecs la retrouvent et la remettent au tapin.Notre ex-bidasse,poursuivi par les vilains maquereaux,se réfugie dans le loft d'un photographe en vogue.Et là,la chance tourne.Comme par hasard,le propriétaire des lieux est absent pour des mois,il le proclame sur son répondeur téléphonique.Comme par hasard,dans le courrier qui s'amoncelle derrière la porte,il y a la carte bancaire du mec,accompagnée du code d'accès tant qu'à faire.Comme par hasard,les costards chicos qui remplissent les penderies vont à ravir à notre militaire,nonobstant le fait qu'il est grand et taillé comme une armoire à glace tandis que le proprio est petit et gaulé comme une ablette.Malgré cette nouvelle vie de prince,Joe Smith,c'est son nom,va bosser à la plonge d'un restaurant chinois,rien de plus normal.Notons qu'il a entre-temps récupéré à une vitesse étonnante d'un tabassage en règle avec côtes cassées incorporées.Au point qu'il sert aussi de videur à l'occasion quand des hooligans déconnent dans le resto.Ses employeurs,séduits par ses talents de bastonneur,le promeuvent homme de main.Car qui dit commerce asiatique dit mafia chinoise,forcément.Mais voilà que sa copine prostituée réapparait,repêchée de la Tamise en état de mort avancé,après avoir été cognée un peu fort par un client violent.Et là,l'heure de la vengeance a sonné.Tout en draguant une religieuse polonaise qui sert la soupe aux SDF,Crazy Joe va régler les comptes,non mais sans blague.Cet impressionnant empilage de clichés moisis et d'événements invraisemblables souffre de surcroit d'une lenteur inédite dans ce genre de films.Car le réalisateur-scénariste Steven Knight ne manque pas de prétention et vise quasiment l'auteurisme.L'histoire met donc un temps fou à démarrer et se vautre dans le sermon religieux et la critique sociale impliquant des pauvres très gentils et des riches très méchants.La nonne veut absolument remettre Joe dans le droit chemin et lui obtenir sa rédemption et le pardon de ses péchés,tandis que lui,entre deux hallucinations héritées de ses souvenirs de guerre en Afghanistan, désire surtout la mettre dans son lit.Tous deux parviendront partiellement à leurs fins,au fil d'une intrigue décousue.La seconde moitié du film est légèrement meilleure,quand le héros se réveille et nous gratifie de quelques scènes d'une violence hard et glauque,alors que la bonne soeur se féminise,allant jusqu'à coucher avec son ami gangster.Dommage que les personnages soient si schématiques et caricaturaux,du coup on n'y croit jamais.Mais on apprend quand même des choses.Par exemple,que le métier de sbire,au moins dans les triades,est extrêmement bien payé.A partir du moment où il bosse pour les chinetoques,Joe se met à sortir à tout propos des paquets de biftons qu'il distribue généreusement à droite à gauche,aux clochards,à sa famille,à sa dulcinée Soeur Sourire.Franchement,ça donne envie.Si vous êtes au chômage,balèze et rompu aux arts martiaux,n'allez pas à Pôle Emploi,partez plutôt traîner vos guêtres dans les gargotes du XIIIe.Une autre chose qu'on ignorait,c'est que la gymnastique conduit à entrer dans les ordres.En effet,notre religieuse a été envoyée au couvent toute gamine,après qu'elle ait tué son entraîneur de gym qui la violait.Elle pense que rien de tout cela ne serait arrivé si,comme elle le voulait,elle avait pu faire de la danse.C'est vrai,c'est connu,les profs de danse s'intéressent plutôt aux jeunes garçons.Et Jason Statham,direz-vous?Eh bien,à force de tourner des monceaux d'actioners qu'il choisit sans discernement excessif,l'acteur,ici entouré d'un casting de baltringues, semble glisser doucement vers la ringardisation.Son jeu,gagné par la mono-expressivité,en pâtit sérieusement,ce qui est regrettable étant donné que ses qualités de comédien lui permettaient auparavant de sortir du lot des action heroes.Saluons pour finir les raccords pourris qui permettent de passer brutalement du jour à la nuit dans des scènes de quelques secondes,l'effet smog certainement.