Incroyable comme 30 ans après sa sortie, "Heat" est toujours LA référence du polar urbain, dont il est difficile de s'extirper. Et il faut dire que le film de Bart Layton fait (presque) tout pour qu'on le compare à Michael Mann. Une histoire de policier et de voleur à Los Angeles. Un flic à la vie perso brisée. Un criminel méticuleux qui attire l'attention avec un premier vol, puis qui prépare un gros coup. Un chien fou qui va lui mettre des bâtons dans les roues. Une femme innocente dont il va s'éprendre. Etc.
Aussi "Crime 101" n'a rien de follement original. Son dernier acte est même un peu trop lisse et hollywoodien, alors que le reste du long-métrage semblait plus sombre et pesant.
Pour autant, des ersatz de Michael Mann de ce calibre, j'en veux bien tous les jours ! Dès le départ, la mise en scène demeure propre et élégante. Et impose immédiatement une tension, grâce à l'aspect presque choral et à la musique réussie. Notre protagoniste régulièrement sous pression : même ses rendez-vous amoureux seront malaisants, celui-ci n'étant pas doué socialement ! Le policier qui rame. Une agente d'assurance rincée par un métier dévalorisant et des patrons peu bienveillants. Et l'antagoniste menaçant.
Ne vous y trompez pas, "Crime 101" n'a rien d'un film d'action. La tension montera par moment avec quelques poursuites, vols, ou interrogatoires musclés. Mais ici pas de grosse fusillade. Le réalisateur se "contente" de garder bien sous ensemble sous cocotte jusqu'au final.
Le long-métrage doit également beaucoup à ses comédiens. Certains ne font que de brèves apparitions remarquées (Nick Nolte, Jennifer Jason Leigh). Ceux qui portent le film le font avec brio. Mark Ruffalo en policier assidu mais en rupture avec son département. Halle Berry en assureuse dépitée. Barry Keoghan bien flippant en chien fou. Et surtout Chris Hemsworth, dans un étonnant presque contre-emploi. Son personnage apparait au début sûr de lui, compétent, méticuleux. Puis on en verra rapidement les failles : il a les nerfs plus fragiles que prévu, il est asocial et introverti, et bourré de tics quand il interagit avec les autres hors de son métier.
"Crime 101" est donc en soi un polar de très bonne tenue, qui souffre de la comparaison avec son modèle.