Dalloway
5.6
Dalloway

Film de Yann Gozlan (2025)

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Jeu de mot fumeux, j'en conviens... Au cinéma, la thématique de l’IA est éminemment casse-gueule. La technologie évolue tellement vite que ce qui relevait de la science-fiction hier fait aujourd’hui partie du présent. Et c’est bien le cas avec Dalloway : maison connectée (avec des commandes vocales pour ouvrir le moindre store), trucages de vidéos façon deepfake, génération automatique de nouveaux récits – ou de scénarios –, autant d’éléments liés à l’Intelligence Artificielle qui sont désormais monnaie courante. On ressort alors de la séance avec une légère frustration : il y a 20 ans, le film aurait été génial, aujourd’hui, c’est juste « pas mal ». Il faut dire que le film s’inspire (avec quelques libertés) du roman Les Fleurs de l’ombre de Tatiana de Rosnay, paru en 2020 – une époque où l’IA était encore à ses balbutiements.

Si Dalloway reste loin des meilleurs films du réalisateur Yann Gozlan (L’excellent Boîte noire en 2021, ou encore Un homme idéal en 2015 et Burn Out en 2018), on est tout de même largement au-dessus de son pourrif Visions de 2023, pas de côté plutôt raté dans sa filmographie. Sa présentation au Festival de Cannes, en Séance de Minuit, n’avait pas fait trop de vagues.

Le film est centré autour du personnage de Clarissa, superbement interprété par Cécile de France, une romancière « en panne » qui participe à une prestigieuse résidence de création en plein Paris. Un cadre absolument parfait, bijou de technologie philanthropique, qui permet aux artistes – peintres, musiciens, auteurs – de se consacrer à 100% à leur art. Le magnifique bâtiment ultra-moderne (il s’agit en réalité du centre culturel de la ville de Deinz, en Belgique) offre à chaque résident une assistante virtuelle aux petits soins. Pour Clarissa, son IA se prénomme Dalloway. Et elle est très attentionnée… Trop sans doute. Sa prévenance semble cacher un mystère peu reluisant.

La grande force de Dalloway vient du casting. On a parlé de Cécile de France, présente quasiment dans tous les plans, et qui incarne à merveille l’artiste à la limite du délire paranoïaque. Le reste de l’équipe est composée de Lars Mikkelsen, le frère de Mads, que l’on a vu surtout dans des séries comme Sherlock, The Killing ou encore House of Cards, et qui a une gueule de cinéma très reconnaissable. La voix de Dalloway a quant à elle été confiée à l’artiste musicale Mylène Farmer, qui depuis Arthur et les Minimoys prête de plus en plus sa voix au cinéma (l’année dernière, elle interprétait la voix française de Blossom dans Blue & Compagnie, et était également la narratrice du documentaire animalier Bambi).

Le montage en revanche m’a un peu déçu : j’ai trouvé qu’il manquait de subtilité. Les fusils de Tchekhov (ce principe dramaturgique qui veut qu’un élément en apparence anodin soit placé en début du récit pour servir un futur retournement de situation, à l’image d’un fusil qu’on verrai négligemment trainer en arrière fond d’un décor) sont extrêmement visibles et gâchent certaines surprises.

Le plan appuyé sur le balcon extérieur et la hauteur du bâtiment par exemple m’a beaucoup gêné, car j’ai tout de suite deviné que Clarissa se jetterai dans le vide à la fin du long métrage. Était-il vraiment nécessaire ? Je l’un un peu vécu comme un auto-spoiler.

Si la trame narrative reste assez balisée et ne s’écarte jamais des sentiers battus, Dalloway n’en est pas moins intéressant pour son côté dystopique. Les incursions cinématographiques françaises en la matière sont assez limitées pour que l’on n’ait pas envie de taper trop fort sur cette honorable tentative signée Yann Gozlan. En attendant son prochain thriller, Gourou, prévu pour janvier (2026).

D. Styx

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