Lars ne s'appelle pas Mozart, ni Cezanne, encore moins Tolstoi ou Corneille mais reste tout du moins un indéniable et insondable génie. Après le visionnage plus que positif que j'en tire de l'excellent Dogville, quel bonheur me fut que de voir que son génie n'était pas concentré que dans une seule oeuvre.Le film est exceptionnel, il ne faut pas le comprendre que dans son sens merveilleux ( qui ne dépend que de mon avis subjectif) mais bien aussi dans son rapport à l’exception étant un film à ma faible connaissance similaire à aucun autre, ce qui me provoque un attrait particulier pour cette création qui est unique . Ce film aurait pu être très peu réussi ayant le gout d’une soupe très fade similaire aux Darabont ou Coulter. Mais, une fois encore, Lars von Trier, ce petit barbu réalise ce qui à mon sens est un chef d’œuvre. C’est un film dramatique qui n'a pas de problème à se perdre aux égards habituels que l’on peut trouver pour chaque film de ce genre. Je ressens cependant après visionnage une approche différente aux films standardistes de l’industrie ,ou pour la première fois, ( à tord ou à raison je ne sais pas) je n’ai pas la sensation d’avoir une œuvre tire larme qui prend le spectateur pour un imbecile et lui commande point par point les réactions qu’il devra adopter. Pour la première fois j’ai l’impression d’être un réel spectateur de ce drame (proche d'en être acteur, tant il me semble obsessionnel d'intervenir pour tenter de combler les vices des personnages, qu'un avis extérieur procure ) . Je ne ressens aucune prise de partie, avant qu’advienne la phase de déchéance que subi la vénérable Selma Jeskova. Je distinguerais ainsi la phase de déchéance de Selma et la phase d’introduction, phases singulièrement différentes. Chaque élément constitue une réalité objective ( au point où l’on pourrait prendre ce film pour un documentaire dans un premier temps). Réalité qui contient tous les éléments essentiels et détestables que l'on retrouve dans l'industrie d'un drame Hollywoodien, inspiré bien évidement de l'héritage laissé des grandes pieces de théâtres. Oui Selma, comporte tous les stéréotypes qu'on peut y attacher : - Une souffrance purement injuste ( maladie incurable, dureté du travail et pauvreté) - Le sacrifice ultime ( du début à la fin il est clair qu'elle doit vivre handicapée toute sa vie et il s'avère par ailleurs qu'elle voue sa vie à une autre personne malgré tout)- Un personnage considéré comme trop pur pour la dure réalité représentée ici ( de manière caricaturale, qui est la protagoniste elle même )- L’émotion vient de l’anticipation, pas de la surprise ( qui ne marche pas pour un drame, important à rappeler) puisque le film est programmé pour la fin fatidique....Je ne saurais point réaliser une liste exhaustive en la matière. Jusqu'ici en s'arrêtant a ces points la, uniquement, on ne pourrait pas accepter que le film soit unique et différent de ses prédécesseurs. Pourtant, à aucun moment le film nous laisse respirer. Il n'y a pas à un seul moment une possible bascule dans cette réalité qui semble deja amorcée et irrévocable, les plaisirs étant uniquement liés aux relations humaines sont fugaces ( filial entre Selma et son fils, amical entre Selma, Kathy et les voisins ou encore cordial entre Selma, sa troupe et son docteur ). Des plaisirs qui ne peuvent à aucun moment satisfaire le spectateur, lequel souffre de concert avec Selma dans une situation impossible à désamorcer, qui se confirme et s'aggrave avec la pression liée à toutes les attentes de Selma. Il n'y a pas un seul évènement qui vient tempérer un précédent ( la figure de Jeff est la seule à me contredire alors qu'il ne doit apparaitre continuellement probablement que 15 minutes au total dans le film). Le film ne laisse bien évidement aucun espoir et le spectateur est forcé à le comprendre très tôt. D'autant plus que la malchance ( très révélateur du malheur subit par une personne handicapée) et la destruction de toute optimiste par les personnages, l'enferme dans une fatalité. Cette fatalité n'est cependant pas reconnue par Selma jusqu'à sa mort, qui par candeur n'accepte aucunement les conséquences d'une situation contraire à ses plans même lorsque cela vire dans l'absurdité, par exemple, paroxysme au moment ou elle achève Bill. L'inexistence d'un fatalisme de Selma est très présent dans le film, par ses hallucinations musicales, son manque de lucidité et surtout cela est ressenti dans l'intérêt supérieur pour la cause de son enfant qu'elle porte ( devenu inhérent à son existence) surpassant toutes les épreuves insurmontables dont elle fait face. Mais surtout pas des moindres, la première chose que l'on observe en regardant le film est cette caméra, qui n'arrive pas à se poser. Caméra opérant un rendu à en gerber. Elle semble être sur une épaule d'un cadreur et ne cherche pas à faire ressentir de la fluidité ou chaleur au spectateur, tant elle peut devenir énervante. Un inconfort m'a habité très largement tout du long par ce cadrage, qui n'est bien évidemment pas resté dans ma tête, effacé par ce que l'histoire véhiculait. Il n'y a pas de beauté esthétique, ce qui va de paire avec le scénario qui est une réalité abrupte et avec un malaise durable . De même pour le montage qui est également très minimaliste (des plans assez longs et peu de coupures).Pour évoquer les scènes musicales qui sont nombreuses dans le film, intervenant a des moments clés de la narration. Les scènes musicales qui sont l'unique passion que le film donne a Selma sont très loin de West Side Story ou Lalaland. Elles ne libèrent en rien les situations et sont seulement des refuges mentaux qui s'effondrent a chaque fois brutalement( contrairement à une comédie musicale qui montre un spectacle) et qui surgissent dans des cas d'extreme difficulté pour elle. Cette musique est importante pour elle puisqu'il n'y a pas de musique (son refuge) partout autour d'elle, et elle arrive tout de même à faire émerger par le bruit une possible musique, qui serait impossible avec silence ( scène de la cellule qui le montre) Je n’ai aucune envie de m’éterniser davantage sur une rédaction portée sur le film, j’aborderai donc à présent la transition pour évoquer la mort de Bill et celle de Selma. La première mort étant le point de rupture d'une existence déjà hautement fragile et la seconde, du protagoniste n' que sa concrétisation. La scène de la mort de Bill ne ressemble à aucune autre scène, pour avoir vu de nombreuses scènes choquantes de par ma curiosité et volonté de comprendre tous les aspects possibles de la pensée humaine elle me parue étonnement dérangeante, bien qu'elle ne porte aucun point, pouvant choquer tous les types de sensibilités inimaginables. Cette scène est presque absurde dans son déroulement et parvient extraordinairement bien à clôturer l'existence d'un être énigmatique qui été rongé par les vices et péchés ( porté à l'extreme, dans une caricature mais qui demeure très proche de la réalité) ( on parle de l'abominable Bill bien sur). La scène est pour continuer dans son absurdité interminable. Rien n'est abrégé, aucun montage semble être fait, les prémisses jusqu'aux conséquences directes sont montrés dans une seule séquence sans pause. Elle permet de nous familiariser a nouveau avec la réelle brutalité dont il est question dans ce genre de situation de la vie, qui n'est pas romancé ou atténué par le cinéma. Très touchant et poignant jusqu'au bout. Le bout qui semble être une odyssée dans le style d'Homère, avec Selma qui ère ne comprend plus grand chose et n'a plus que son objectif lié à son fils pour exister. Et dès que l'objectif est réalisé et qu'elle s'accorde du plaisir et repos auprès de sa troupe musicale, la dure réalité de la vie la rattrape, puisque la société humaine lui fait payer la conséquence de ses actes.Puis la justice imaginé par les citoyens de cette société s’abat sur elle avec une froideur assourdissante et une résignation de Selma qui a deja accompli le dernier acte qui lui donnait foi en la vie. LA vie de Selma est alors jeté en un moins de temps, une durée qui est extrêmement brève et fugace contrairement a tout le film et la scène du meurtre de Bill. La vie de Selma ne vaut plus rien et devient un simple acte administratif qui est voué à s'éteindre dans un délai déterminé. La résignation de Selma ne parait alors aucunement illogique vis à vis d'une société qui ne lui a fait aucune faveur et qui réunit tous les éléments pour la condamner répondant à une logique irréfutable, une situation dont les réelles causes à expliquer sont inimaginables. Et donc cette ultime scène arrive. Rien ne nous laisse supporter la situation jusqu'a la fin avec une surveillante qui se démarque des autres (et agit en correspondance exact avec n'importe quel spectateur qui aurait vu tout le film et la situation auparavant, n'importe qui se reconnaît avec cette surveillante qui est un personnage peu important pour autant) , ce qui est assez troublant. Kathy ( son ami de travail) ne laisse pas souffler Selma jusqu'au dernier moment, et le seul personnage le plus humain ( si cette qualification veut dire quelque chose), Jeff montre à quel point ,d'autant plus vers la fin, il est d'une impuissance notable malgré toutes ses bonnes volontés. Il ne peut ainsi rien faire que d'assister à la mort d'une personne dont il etait admiratif, attiré et tout simplement probablement amoureux.Il peut sembler futile et ridicule qu'après cette histoire, je dois l’admettre probablement pour la premiere fois aussi longtemps que je puisse me souvenir, me suis senti profondément vulnérable, au point d’en être honteusement à pleurer à chaude larme.Tant de tristesse pour une femme qui n'aura finalement pas pu voir de ses yeux les pires sévices dont l'espèce humaine peut être capable et dont elle a été victime. Le film fini très clairement comme une dénonciation de la peine de mort. Je n'avais pas pu concevoir avant qu'un film peut ne pas forcement prendre position, ne pas chercher à convaincre et produire pour autant cet effet. Il nous fait ressentir son avis sur la peine de mort sans jamais l'évoquer ( autre que de manière objective et montrer uniquement ce qu'elle est) et alors de ce fait la prise de position devient inévitable.Bravo Lars???????????????, pressé de voire le reste de ta filmographie film simple et probablement enfantin mais porteur d'une unique grande et sombre réalité.