En exposant son dispositif d'entrée de jeu, par des extraits de scènes de casting et des interviews d'actrices, professionnelles ou non, qui joueront dans son film, Alain Gomis brouille les pistes : revendiquant de construire une fiction, assumant de laisser de la place à l'improvisation, le cinéaste franco-sénégalais veut tenter de construire une famille de cinéma, alors même qu'au générique, défileront en masse des noms de famille identiques, dont Gomis et Mendy. Dao signerait-il le retour du cinéma-vérité ?
On se souvient qu'au départ de Chronique d'un été, de Rouch et Morin, Les cinéastes exposaient aussi leur dispositif expérimental en filmant Marcelline Loridan demander aux Parisien.nes quelle croisait la question suivante : "Êtes vous heureux ?". Vers la fin de Dao, Samir Guesmi (Slimane) demande à Katy Correa (Gloria), son ex, si elle est heureuse. La question n'est sans doute pas anodine. Mais Gomis regarde dans les yeux ce cinéma ethnologique des années 60, dont Rouch est le plus fidèle représentants, et le remet discrètement à sa place. Chez lui, il n'y aura pas de regard colonial, mais il y aura le regard de la diaspora sur les locaux et inversement.
En montant en alternance la reconstitution simulée d'une cérémonie traditionnelle de réenterrement du grand père en Guinée-Bissau, puis celle, également simulée, d'un mariage dans les Yvelines, avec la même famille, le réalisateur parvient à faire émerger une vérité de ces scènes écrites ou improvisées : celle de faire famille. Des discussions entre gens qui ne se connaissaient pas forcément auparavant, notamment celles avec Thomas Ngijol ou Samir Guesmi, acteurs connus et reconnus en France, s'imprime l'idée d'assister à une véritable réunion de famille. Est-ce à dire que toutes les familles se ressemblent et que, simulée ou non, on s'y retrouve toujours suffisamment pour participer à la discussion ? Quand Ngijol (Etienne) demande : "si je vous disais qu'entre moi et Idriss il y avait plus que de l'amitié, je ferais encore partie de la famille, par exemple ?", il introduit un élément fictif obligeant ses partenaires de jeu à se positionner.
À partir d'un élément de fiction (et de la diaspora), la vérité se dessine. Le pari de Gomis semblerait gagné, (contrairement à celui de Rouch et Morin, qui concluaient leur film par un bilan mitigé), à une condition, relevée par l'une des actrices : que le public le comprenne non pas comme un film exotisant, mais comme un film explorant.