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Digger commence comme une farce, et quelle farce ! Un chat adorable comme une vieille chaussette à l'agonie, un président tout droit sorti de South Park : Iñárritu annonce la couleur dès les premières minutes. Et sa signature est partout, des gros plans qui déforment les visages aux mouvements de caméra vertigineux d'Emmanuel Lubezki, son complice de The Revenant et de Birdman.
Le cinéaste fonce tête baissée. Il enchaîne, étire et empile les situations cocasses jusqu'à nous donner le tournis, dans une histoire d'argent, de pétrole, de lâcheté et de catastrophe qui n'a rien de naturelle, où « la panique est une ressource ». Tout le monde marche sur la tête, et pendant que la vague de chaos avance, Iñárritu s'offre un numéro de surenchère grotesque, taillé sur mesure pour la tronche ahurie de Tom Cruise. Un Cruise en roue libre, surpassé pourtant par un John Goodman proprement hallucinant.
Puis, en plein décollage, le film bifurque. Iñárritu torpille sa propre farce d'un tour de passe-passe audacieux, et Digger prend une autre dimension, dans la violence et l'absurde. Le public se retrouve aussi mal à l'aise que les personnages, et c'est jubilatoire. Certains y verront un coup de malin exaspérant, d'autres un geste fascinant, le film ne laisse personne indifférent. Tant pis pour Sandra Hüller et quelques autres, réduits au rang de figurants de luxe.
Oui, c'est long, bruyant et lourd, et le « héros » ne se prive pas de le souligner lui-même. Mais le monde qu'il attaque est si grossier que la caricature ne suffit plus à en rire à distance. Où se placer, alors, pour en rire, en pleurer, ou simplement s'en soucier ? Iñárritu souffle le chaud et le froid, zoome, dézoome, et frôle l'autosabotage avec un panache dingue. Il se regarde un peu filmer, Tom Cruise se regarde un peu hurler, et quelques moments s'étirent. Mais promis, tout ce cirque mène quelque part.
Car tout se joue dans la vue d'ensemble. Deux heures durant, ça gesticule, ça hurle, ça tourne en rond, et rien de tout cela ne prend sens avant la conclusion. C'est là qu'Iñárritu arrête enfin son cirque et dévoile Digger pour ce qu'il est : une immense farce tragi-comique sur le pouvoir, ou plutôt la valeur de l'art dans un monde qui s'écroule.
Quand le spectacle s'éteint, on se demande ce qu'on fait là, devant ce film, devant les films en général, dans les salles de cinéma et partout ailleurs. Une chute réussie, pour une blague peut-être un peu trop longue et trop lourde, mais d'une audace rare.
Créée
le 2 oct. 2026
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