GUEUR. À l'errance d'un ego salace inarrêté

Je décris seulement mon avis personnel et mon ressenti subjectif vis-à-vis du film, mes positions ne nient aucunement les vôtres.

L'objectif de cette démarche amatrice est d'échanger autour du 7ème art, dans le respect de toustes.

Je vous remercie pour vos bienveillances.


Et je préviens : je vais spoiler comme une pelle.


À la radio, j'ai entendu une publicité pour une assurance qui commence par la réplique

« Il serait fou d'imaginer qu'une entreprise ne cherche pas à faire de bénéfices ! »

Je me mets direct dans le ton du film en enfonçant une porte ouverte : la normalité, dans notre Occident capitalisé, c'est la productivité, slash rentabilité, collective et individuelle.

Tout ce qui se veut alternatif à ce modèle monétisé est malade, déviant.


Et pour moi ce Digger s'inscrit totalement dans cette logique.

À aucun moment il n'entend ou n'entreprend de l'attaquer, la questionner, la critiquer, ou la moquer.

Ce qui ne me plait vraiment pas.

Mais commençons par le début !


Le film démarre par le lever du personnage principal, Digger Rockwell, dans un grand lit à baldaquin dans une chambre à la hauteur sous plafond démesurée. Entre une domestique.

Oui, une citation directe des levers de rois...


Puis vient le premier sketch, avec Digger qui sort son chat de sous sa couette.

Comme dans son précédent film Netflix (dont je ne citerai pas le titre sous peine de m'enflammer immédiatement), Iñárritu va tourner en rond, et ressortir ses sketches en boucle. Il y aura donc plusieurs (fois le même) sketches autour du chat.


Je les résume : le chat il est méga vieux (il a 30 ans, rendez-vous compte), et il a plusieurs maladies. Il a même un cancer... À la fin il se fait même "décapiter"...


Oh wow mais bon sang, je suis plié en quatre quarts, Alejandro.

Tu comptes vraiment nous resservir ton mépris totalement vulgaire de ton étron précédent ?!?

(Oui, c'est ce qu'il fait.)


Parce que le président des États-Unis, lui aussi il a un cancer ! Mais comme c'est drôôôôôle !

Et en plus c'est un cancer colorectal !!! Je suis hilaaaaare !!!

Et surtout le mieux c'est que après il en meurt !!!!! J'en pleure, là !!!!!


Arrête, Alejandro, je t'en supplie, mon ventre va imploser tellement je me bidonne, là.

Est-ce que cette personne, là, créditée à la réalisation de ça, espère que les personnes qui ont un cancer colorectal se rendent compte de leur bouffonnerie, et que celleux qui ont eu quelqu'un dans leur famille mort·e d'un cancer colorectal sont bien conscient·e·s de tout leur ridicule ?

J'ai la naïveté d'espérer que non...


Une barre de rire, couplée à une leçon de vie, le tout emballé sous vide dans un plastique certifié écoresponsable (ah non, pardon, j'ai lu trop vite).


Je reprends le déroulé du film.


Digger se lève, et se met à parcourir son manoir. La caméra est devant lui, à hauteur de ses pieds. Le film rampe devant Digger. Littéralement. Y a même un plan rapide où la caméra se met à la place d'une tête d'animal trophée sur un mur.


Outre le fait que Iñárritu démarre sa "satire" de manière extrêmement convenue et sage, selon le code suranné du voyage du héros, aussi classiquement qu'avec l'exposition du monde ordinaire et donc en terme de "satire" bien le bonjour on repassera, je pense que Iñárritu se projette 1er degré dans son héros. Il y aura même une réplique nous expliquant (parce que nous sommes bien trop stupides pour comprendre autrement que par paternalisme, évidemment) que Digger est un être humain, émouvant, et attachant. À la fin, il est montré abandonné par le système dont il a profité. Le pauvre. Et sa mort est mise en scène avec une poésie 1er degré, aucune blague. Exactement comme la mort de l'alter ego de Iñárritu à la fin de son précédent turbonanar Netflix en est la seule et unique scène sérieuse avec la petite musique tristounette de violons là tu vois.


L'objet de la comédie (j'arrête de parler de "satire", parce que ça n'en est pas une, point voilà) de Iñárritu n'est jamais Digger Rockwell (ni Curtis Markson), mais le monde qui l'entoure.

Parce que c'est tellement plus facile de faire rigoler en tournant en ridicule un chat malade, ou en se moquant d'une décoration d'intérieur. Ou d'un vieux malade. Ou d'une femme.


Mais oui, quel courage, quel engagement, Alejandro !

Ça mérite pas une médaille, ça ?


D'autres personnages entrent en scène, puis vient le twist de la 20ème minute.

J'ai lu et entendu beaucoup de critiques parler de ce twist à Saint-Tropez.

Pour moi c'est délicat et subtile comme la poignée de gravier qui porte le nom de "Flûte enchantée du fasciste Ingmar Bergman", ça sert de charpente bien fat et non dégrossie au film.

En tous cas ça devrait servir à chapitrer le futur DVD.

Mais de mon point de vue ça n'apporte rien de plus aux thèmes du récit.

Ça permet de bien l'étier, par contre, ce récit. Oooh oui c'est long.


Ça va encore montrer que tout le monde rampe, à un moment ou à un autre, devant quelqu'un (Hannah, Kenny...).

C'est bien, Alejandro. "Employé du mois", là, non ?


En ce qui me concerne, j'en arrête là avec le déroulé du film, parce que en fait je m'en contrefous stratosphériquement.

Autant j'avais trouvé sa daubarde précédente révoltante, et j'en ai déjà trop parlé là je sens que ça commence à chauffer dans mes narines, autant là je trouve ça d'une fadeur abyssale.

Parce qu'il enfonce des portes ouvertes, mais aussi parce que, de mon point de vue, il ne va jamais plus loin que les idées énoncées en programme dans son introduction. Vous savez, dans les exposés, quand on annonce son plan en 3 parties, on met nos 3 idées fortes. Eh bien imaginez Iñárritu il fait ça, toujours sagement et convenablement, mais en fait il n'a rien à développer après, dans ce qu'on appelle habituellement un "développement" pourtant. Il répète ses 3 idées, en les reformulant ou pas, convaincu qu'elles sont fortes tellement il est intelligent.

Mais c'est mince, comme on dit dans l'Enseignement.


Du coup je vais finir en ciblant les points à déconstruire, dans ce film mais pas seulement.


  • l'occidentalisme : incroyable mais doublement vrai (une 1ère fois parce que c'est ce qui est montré, une 2ème fois parce qu'on apprend que c'est le biopic toi qu'as vu tu sais), les glaciers mortels n'impactent que l'Europe et les États-Unis. Le monde est petit, non ? Je veux dire, dans un esprit aussi étriqué que celui d'un aristo comme Iñárritu, le monde est tout petit, vous trouvez pas ? C'est évidemment tout un héritage des colonialismes et impérialismes qui justifie cette vision occidentale dans laquelle ce qui ne touche pas l'Occident n'existe pas. Même à l'échelle d'un phénomène environnemental global...
  • le spécisme : j'ai parlé du chat, y a aussi une blague sur le thon... (enfin la blague c'est pas le thon, c'est le mec d'origine indienne [ah le bouffon !] qui mange du thon). Que dire de plus qu'au point précédent ? L'héritage du colonialisme, de l'Occident qui ne s'imagine plus que comme une emprise absolue sur le monde, sur le vivant. Il faut arrêter de prendre pour acquis ou de considérer comme dû que nous pouvons posséder des animaux.
  • le laborisme / travaillisme : évidemment que Iñárritu ne crache jamais sur le capitalisme ! Voyons. C'est inimaginable ! On ne voit que des personnes au travail (au sens "salariat" du terme uniquement je vous remercie), on ne parle que de personnes au travail. Le saviez-vous ? Le travail, à l'origine réservé aux esclaves (tiens, ça reparle de colonialisme ici), a été "démocratisé" (aux classes populaires uniquement je vous remercie) par l'église catholique. Voilà un autre héritage à déconstruire de manière un petit peu urgente, tiens : l'héritage religieux...!
  • l'aristocratisme : Iñárritu est un enfant de l'aristocratie, évidemment que dans ce film on ne voit que des aristocrates. On ne voit aucun·e pauvre, ni même en fait aucune personne précarisée (la toute toute fin ? ce qu'on en voit, peut-on vraiment parler de "voir des personnes" ? non, on est d'accord.). La dernière fois qu'on a vu des pauvres chez Iñárritu, c'est dans ce "sketch" odieux sur des migrant·e·s qui piétinent dans la poussière - vraiment, quel farceur, cet Alejandro... Même au "niveau réalité", la troupe de théâtre est marquée bourgeoisie, son public est marqué bourgeoisie... Pour les gens de la classe de Iñárritu, il n'y a aucun intérêt à parler des classes inférieures, c'est aussi simple que ça. En tant que spectateurices, en revanche, nous pouvons (et devons) en parler, et peut-être se mobiliser contre...?
  • l'âgisme et le validisme : j'en ai déjà parlé mais ça ne fait pas de mal d'en remettre une 2ème couche (c'est comme la peinture). Les gens comme Iñárritu ont un énorme travail à faire pour apprendre et comprendre combien il est odieux d'envisager un comique intrinsèque à la vieillesse, au handicap et aux maladies. Attention, toutefois, je ne dis pas qu'il est impossible de rire avec ces sujets. Mais s'en moquer, vraiment...? Je veux dire, il a quel âge, Iñárritu ? C'est pas dès la maternelle qu'on nous apprend que c'est pas bien de se moquer ? Il régresse, Alejandro ?!?
  • le patriarcat et le paternalisme : Alejandro, c'est un bonhomme, OK ? Un instant, imaginez j'essaye d'imiter Charles Aznavour : "Les Bonhommeuh... Les Bonhommeuh !!! Ça veut dire, ça sait tout mieux." Merci. Vous pouvez laisser une pièce dans le chapeau. J'en reviens au sujet de ce point : les critiques cinéma françaises que j'ai lues et écoutées et qui en ont parlé ont souligné que les personnages féminins sont minoritaires en temps d'écran. En nombre de têtes, aussi, il me semble signifiant de le souligner. Et dans sa mise en scène, Iñárritu est un bonhomme. Il n'a rien à dire, mais il nous explique. Merci non merci, Alejandro.

Point de la fin.

Dopey-Goofy
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le 6 oct. 2026

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