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Tom Cruise l'a dit, malgré le flop retentissant de "Digger" au box-office mondial, l'acteur-star a le sentiment d'avoir pris part à la création d'une "oeuvre cinématographique durable". Difficile de prévoir l'impact du film d'Alejandro Gonzalez Inarritu sur le paysage cinématographique occidental dans les prochaines années mais on ne se mouille pas en disant que le film fera encore parler de lui, et pas seulement à cause de son échec financier retentissant. "Digger"se place dans la récente politique de Warner visant à laisser de gros budgets à des réalisateurs connus pour que ces derniers aient la possibilité de façonner une oeuvre selon leur propre vision avec très peu d'intervention des producteurs. Politique qui a certes connu des hauts ("Une bataille après l'autre" de Paul Thomas Anderson ou le succès surprise de "Sinners") et de sérieux coups d'arrêt ("Mickey 17" de Bong Joon-Ho mais aussi le pourtant exceptionnel "Furiosa") mais qui mérite d'être saluée à l'heure de sagas aux ramifications insensées et autres remakes de remakes. Inarritu est loin d'être un novice en termes de mise en scène. Il y a déjà plus de 10 ans, son monstrueux "The Revenant" avec Leonardo DiCaprio imprégnait la rétine du spectateur lors d'une claque visuelle monumentale et son "Birdman" permettait à Michael Keaton de livrer la performance de toute une carrière à Hollywood. Avec son sujet plus qu'actuel, son esthétique intrigante et son Tom Cruise grimé en vieux, "Digger" avait tout pour attirer le cinéphile averti.
Comme indiqué au début du film, il est important de ne pas trop en révéler. Ce que laisse la dernière oeuvre d'Inarritu au spectateur est un sentiment, un ressenti qui s'imprègne dans l'esprit et l'accompagne à sa sortie de la salle comme une mélopée douce amère. Là-dessus, Tom Cruise a sans doute raison. Le film, dans son message et sa construction narrative, ne va pas quitter la pensée du public aussi facilement ; ceux du moins qui se seront déplacés pour le voir. Succession de bizarreries dont le sens ne prend forme qu'au fur et à mesure du récit, "Digger" est à la fois film de son époque et sur son époque, oeuvre méta et claque de mise en scène et d'acting. Certes, difficile de rentrer dans ces premières minutes où se succèdent des personnages hystériques dans un décor grandiloquent. A la manière d'un agresseur vous empoignant la gorge, Inarritu fait le choix de l'étouffement et de ne laisser aucun répit aux spectateurs en lui présentant une catastrophe de manière burlesque et dérangeante où les excentricités prennent le pas sur la suggestion. Et puis les choix du cinéaste se dévoilent, l'idée derrière tout ça se forme peu à peu et on a clairement le sentiment d'assister à quelque chose qui ne passe que rarement entre les mailles du filet de la pensée hollywoodienne. Dans sa dernière partie, "Digger" ne relâche la pression que pour foutre une baffe sèche à son public qui reste sur le cul avec ses traumas, ses angoisses et sa mélancolie. Et au sommet de tout ça, il y a Tom Cruise.
Quel acteur actuel aurait pu interpréter un rôle de ce calibre? Peu de monde, Cruise polarisant tout ce qu'il faut de perfectionnisme, d'auto-satisfaction et de mégalomanie pour interpréter ce mélange improbable de Musk, Trump et de ces anciennes figures ayant fait leur fortune grâce au pétrole. Le personnage de Digger est une figure intemporelle du capitalisme américain, un monstre grotesque capable des pires âneries mais exploitant sans soucis toutes les faiblesses de l'être humain. En témoigne cette scène au milieu du film, complètement folle, où le génie de Cruise atteint des sommets, autant dans la gestuelle que dans la déclamation d'un discours ultra-pessimiste sur l'âme humaine, le tout inclus dans un plan-séquence dont seul Inarritu a le secret. Le reste du casting n'est pas en reste, notamment John Goodman qui incarne ici un président des Etats-Unis famélique et dément et qui se paye lui aussi une séquence mémorable de paranoïa géopolitique.
Difficile de ne pas respecter le silence lourd de sens imposer par le générique de fin. "Digger" n'est pas juste une bouffonnerie sur l'état de la politique aux Etats-Unis, c'est un extraordinaire film avant-gardiste qui dépasse de loin en terreur pure toutes les pseudo-fin du monde qu'à pu nous livrer Hollywood ces dernières années.
Créée
le 9 oct. 2026
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