Comme vient de me le faire remarquer l'ami Kelemvor à la sortie de la séance, le masqué devient de plus en plus prévisible dans les notes qu'il attribue sur le site.
Faut dire que je suis totalement acquis à la cause de Steven Spielberg. Un réalisateur qui l'a bercé, l'a vu grandir, et a façonné une grande partie de son univers et de ses horizons cinéphiles.
Mis à part, peut-être, son adaptation du Bon Gros Géant de Roald Dahl et son ennuyeux Lincoln, Steven ne m'a jamais déçu. Car très peu de réalisateurs peuvent se targuer d'avoir imprimé autant d'images et de figures immortelles dans l'inconscient du média. Encore moins peuvent s'enorgueillir d'avoir aligné autant de succès immédiats au fil de leur filmo.
Même si vous en trouverez toujours qui vous affirmeront que Spielberg n'a plus rien fait de bon depuis vingt-cinq ans, alors...
Il aura donc fallu attendre quatre ans après les bides honteux de son West Side Story et de The Fabelmans pour que le masqué sèche ses larmes. Car il était tout simplement injuste de lire ça et là que West Side Story n'a attiré personne en salle, comme s'il relevait d'une certaine forme de naphtaline sur pellicule, tandis que la sensibilité de The Fabelmans n'avait visiblement que très peu touché le public.
Avec Disclosure Day, Spielberg semble aborder l'une des figures majeures de son cinéma pour la dernière fois. Comme un ultime prolongement de l'intimité d'E.T. L'Extra-Terrestre, de l'inconnu sous-tendant Rencontres du Troisième Type et la menace constituée par La Guerre des Mondes.
La première partie de l'oeuvre, dans laquelle le spectateur est immédiatement plongé in media res, aura de quoi déstabiliser. Comme si l'on avait rater les premières minutes du film. Alors même que Spielberg démontre à nouveau sa maîtrise dès lors qu'il s'agit d'installer une ambiance et de mener tambour battant son scénario. Et si la perfection de sa mise en scène saute aux yeux, le temps de quelques merveilleux plans séquences, il semble tout simplement ne pas y toucher, le garnement. Comme s'il regardait ailleurs, ou exécutait son art sans même y penser.
C'est avec cette course-poursuite qui pourra rappeler le caractère alerte de son Minority Report que le réalisateur emporte son spectateur, avant de s'installer au plus près de ses personnages, de leurs inquiétudes et de leur trauma, brillamment soutenus par Emily Blunt et Josh O'Connor.
Disclosure Day sera sans doute considéré comme un simple complément de Rencontres du Troisième Type. Cependant, Spielberg, en 2026, questionne bien moins la rencontre elle-même que la manière dont est supposé réagir le monde face au choc provoqué par cette annonce. C'est précisément là que Steven prolonge tant la recherche de la vérité et sa propagation, comme il le faisait déjà à l'appui de Pentagon Papers, que le rappel du pouvoir de l'image, question irriguant déjà The Fabelmans. Que ce soit le temps d'un flux d'images tétanisantes que par la prise d'assaut des corps, des souvenirs et des émotions.
Et via la religion, Disclosure Day interroge quant à la foi en l'homme et l'optimisme qui aura très souvent nourri le cinéma du wonderboy, qui lui a souvent été reproché tout au long de sa carrière par les plus cyniques.
Sans surprise, au terme de ce billet, le masqué vous dira qu'il a bien kiffé, et qu'il a encore une fois trouvé en l'oeuvre le parfait condensé de tout ce qui fait l'attrait et la force du cinéma de Spielberg, entrant en résonance avec l'optimisme et le sens du merveilleux qui caractérisaient déjà le récent Projet Dernière Chance.
Même si cette fois, il a eu l'impression que le cœur battant du réalisateur se mélangeait un peu moins bien que d'habitude au cœur du scénario qu'il illustre, dans un sentiment un peu bizarre, et surtout indéfinissable qui nécessitera une seconde séance pour le dissiper.
Quant à la fin de l'aventure, elle en laissera sans doute pas mal au bord du chemin. Elle en révoltera quelques autres. Mais elle est tout sauf surprenante, dès lors que depuis maintenant cinquante ans, le discours de Steven Spielberg n'a guère changé.
Behind_the_Mask, pour qui la soucoupe est loin d'être pleine.