1947 c’est la naissance de Spielberg et c’est aussi l’accident de Roswell, comme par hasard, je dis ça je dis rien, l’année de l’ufologie, des soucoupes volantes et des extraterrestres. Spielberg est né sous le signe de Mars ascendant ovni.


Aussi, toute sa filmographie est jonchée d’extraterrestres et vaisseaux en tout genre. On peut même dire qu’il a créer le genre, AI, ET, Rencontre du 3eme Type, la Guerre des Mondes et j’en passe. Il n’est donc pas surprenant qu’à presque 80 ans il revienne à ses premières amours.


D’ailleurs le film est autobiographique par bien des aspects : références à sa mère musicienne, à son père scientifique, incarnés par un duo de prophètes malgré eux dans de film et tout un tas de référence à l’enfance du réalisateur : le piano, l’accident de train dont il dit avoir toujours eu peur, et j’en passe. Ce film c’est donc une plongée dans son passé et ses fantasmes d’enfant.


Pour se faire il s’est entouré du compositeur le plus extraterrestre également, j’ai nommé maître John Williams, père de Star Wars, d’ET, d’AI et de tant de thèmes sur le sujet, lui même inspiré du formidable Holst et ses Planètes, la référence en matière de musique classique sur l’espace. Ici on retrouve donc une partition très réminiscente du compositeur, avec des airs de AI mais aussi de Star Wars (écoutez la fin du morceau du morceau Believe, c’est littéralement Palpatine racontant son histoire de Darth Plagueis à Anakin) et enfin du Liste de Schindler ; bref on y trouve tous les ingrédients d une partition classique de Williams. De quoi bien s’immerger. Williams et Spielberg font donc la synthèse de leur travail, un ultime baroud d'honneur.


Pourtant le film est assez déroutant, déroutant parce qu’il tarde à faire sa révélation. Aussi nous suivons des personnages qui ne comprennent pas ce qui leur arrive, comme nous. Et à la fin, lorsque tout s'assemble, comme pour nous récompenser Spielberg nous fait une scène de 10 min de révélation : de 47 à maintenant, tous les ovnis que vous croyiez faux étaient vrais. Nous ne sommes pas seuls. On suit ainsi les commentaires subjugués des médias, notamment ceux d'une présentratrice dépassée qui parvient à retranscrire de façon très crédible ce sentiment (une scène très forte), participant de l'émerveillement, puisque nous sommes le spectateur aussi de cette révélation, fut-elle factice, hélas, dans le vrai monde. La planète est alors suspendue à cette révélation. La guerre en cours s’arrête. Spielberg est convaincu que cette révélation sera celle de l’empathie, un événement aussi heureux qu’extraordinaire.


Ce rêve d’enfant de Spielberg, le cinéaste par excellence du rêve, c’est un rêve que beaucoup d’entre nous partageons, attendant le jour où sera révélée l’existence d’extraterrestres. Aussi filmer non pas la cohabitation mais la révélation en tant que telle c’est la mise en abîme de son propre cinéma : il met en place sa révélation pour à la fin nous montrer ceux que nous attendons impatiemment. Il filme le spectateur regardant le spectacle.


Spielberg fait toujours cela, un discours méta sur le cinéma, comme dans Jurassic Park où il construisait un rêve d'enfant qu'il s'ingéniait ensuite à détruire. Tout passait par le regard, la caméra, comme ici dans ce film où la révélation passe par des vidéos volées, des visions, des écrans. Dans Minority Report aussi via des prémonitions ; dans AI via la mémoire d’un robot et j’en passe. Cela se traduit à l’écran par des reflets, des détails dans le cadre, un art que le réalisateur maîtrise à merveille. Il n’y a pas de plans inutiles ici : il y a une caméra en mouvement, qui capture un détail puis révèle un plan large puis un visage puis une réaction puis la raison de cette réaction.


La mise en scène est en effet redoutable d’efficacité, avec une ambiance thriller très proche de Minority Report, des courses poursuites et du merveilleux mystique. Mais c’est peut être un peu moins brillant, moins bien fait. Les effets spéciaux, notamment les aliens sont un peu convenus. Ce n’est pas spécialement mémorable ou iconique. C’est presque kitsch, ce mélange d’aliens rétro et de technologie à la Dune futuriste.


Mais ce qui dérange le plus c’est peut être l’inégale écriture du film. La première partie est confuse bien que cela soit en partie volontaire. Le duo principal aussi jure un peu, Emily Blunt (excellente et touchante) étant bien plus convaincante et attachante avec son compagnon que l’autre couple au cœur de l’intrigue. Ce sont des gens ordinaires mais aussi surdoués ce qui est assez paradoxal. L’histoire d’élus se superpose assez mal avec celle du vol des données. Surtout que le personnage d’Emily Blunt a comme un trauma qu’elle refoule. Le réalisateur lui fait surmonter de trauma en mettant en scène littéralement celui dans le film. Elle se retrouve dans un studio où le cerveau de toute cette révélation - très peu clair - a reconstitué sa maison puis son enlèvement mystérieux par les aliens dans le but qu’elle prenne conscience de ses pouvoirs transmis par des derniers. Là encore on est dans du cinéma enchâssé dans du cinéma et qui vous dit que vos rêves étaient des réalités, qui brouille les frontières entre le réel et le rêve - mais pas totalement car on reste trop incrédule hélas.


Le rôle de l’agence non gouvernementale ultra puissante (dirigée par un Colin Firth cabotin à souhait, manipulateur mais qui a le mérite d’être un personnage qui a des failles et évolue jusqu’à accepter la révélation) qui protège les intérêts capitalistes est aussi assez convenu : on a déjà vu ça dans le récent Ready Player One. Et le final a de quoi un peu frustrer avec une révélation qui n’en est pas vraiment une - mais ce parti pris est toutefois compréhensible. En effet on ne sait rien finalement de ces êtres doués de prescience et d’empathie, ultra avancés mais présentés comme plus humains que les humains.


Car là où le film reste intéressant en dépit du bancal de son scénario c’est dans ses thématiques. Les vidéos de torture de ces martiens par les humains les humanisent, comme lorsqu’ils apparaissent sous forme animale pour ne pas nous effrayer. Tout ceci porte un message sur une humanité incapable d’empathie, qui fait la guerre (le fond du film l’évoque sans cesse) et qui massacre la planète. Les extraterrestres sont donc la révélation qu’il manque aux hommes pour retrouver foi en eux mêmes.


D’ailleurs cette question de la foi est centrale, quoiqu’un peu bâclée : un personnage est une ancienne novice qui a renoncé à son serment et ne croit plus en Dieu mais qui retrouve une forme d’espoir après la révélation suprême. Spielberg explique que la religion ne contredit pas l’existence d’autres etres, bien au contraire. Je suis moins optimiste que lui.


Reste que ce film a une sincérité et une générosité indiscutable, patchwork d’influences et de souvenirs spielbergiens. Il montre que ce qu’Hollywood devrait rester : une formidable machine à rêve, inventive, audacieuse, léchée bien que maladroite, comme un rêve d’enfant, évanescent et fragile, celui d’un vieil homme de 79 ans.

Tom_Ab
7
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le 16 juin 2026

Modifiée

le 16 juin 2026

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Tom_Ab

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