Tandis qu'une Troisième Guerre mondiale est peut-être sur le point d'éclater, l'expert en cybersécurité Daniel Kellner (Josh O'Connor) s'enfuit de l'entreprise pour laquelle il travaille avec de nombreuses archives classifiées et un artefact alien conférant à celui qui le maîtrise de mystérieux pouvoirs. Pendant ce temps, à Kansas City, Margaret Fairchild, la présentatrice météo d'une chaîne locale (Emily Blunt) se découvre elle aussi d'étranges capacités : elle sait lire les pensées des gens qu'elle rencontre, et commence à parler des langues inconnues...

On avoue tellement porter aux nues Rencontres du troisième type que voir Spielberg revenir au sujet des extraterrestres a toujours de quoi faire un peu peur, tant le génie de son chef-d'œuvre semble impossible à réitérer. Reconnaissons-le de prime abord : Disclosure Day est loin de la perfection du film de 1977. Et pourtant... Son principal mérite est de ne pas chercher à marcher dans ses traces, mais à suivre son propre chemin.

En cela, le nouvel opus de Spielberg est parfaitement réussi : Disclosure Day est une œuvre qui a sa propre identité, et même s'il faut sans aucun doute la situer dans le sillage des précédents films d'extraterrestres du réalisateur, on n'est ni sur une pâle copie, ni sur une répétition sans âme des mêmes thèmes. L'ami Steven a encore beaucoup de choses à dire sur le sujet, son 35e long-métrage ne se contente pas de ressasser une vague nostalgie dépassée.


Mais finalement, ce qui frappe le plus, dans ce film, c'est peut-être avant tout son casting : l'implication émotionnelle du spectateur n'aurait certainement pas été la même sans les prestations absolument exceptionnelles d'Emily Blunt, Colin Firth et Josh O'Connor, les deux premiers trouvant peut-être ici le rôle le plus brillant de leur pourtant riche carrière (pour O'Connor, il y a débat avec son génial rôle de Wake up dead man). Rarement on avait senti leur talent aussi exploité dans son entière diversité, qu'il s'agisse des sentiments étouffés merveilleusement suggérés par le jeu millimétré de Firth ou de l'égarement le plus complet dans lequel se trouve le personnage d'Emily Blunt, qui n'a jamais suscité autant notre empathie qu'ici.

Leur génie est magnifié par la caméra aiguisée de Spielberg, toujours secondé par son fidèle directeur de la photographie, l'immense Janusz Kamiński. Comme à leur habitude - mais avec encore plus de légitimité que d'habitude -, ils inondent voire saturent chaque plan d'une lumière bienfaisante, qui cherche à lutter contre les plus petits recoins d'ombre qui menacent de la dévorer. Avec la fluidité qu'on leur connaît, chaque scène témoigne d'une virtuosité et d'une fluidité absolues, qui rend la plus petite séquence mémorable, en nous immergeant au plus profond du décor et de l'âme des personnages (chez Spielberg, c'est tout un). Cette identité visuelle n'évoque d'ailleurs pas tant Rencontres du troisième type que les inattendus Minority Report et A.I. Intelligence artificielle, ce qui, là encore, a beaucoup de sens quand on écoute le propos véhiculé par le scénario et ses diverses implications.


Du scénario, parlons-en, justement, car David Koepp est de retour, ce qui n'indique pas grand-chose sur sa qualité, le bonhomme étant capable du pire comme du meilleur (même s'il n'a jamais livré le pire chez Spielberg). Bien qu'on sache à l'avance à peu près tout ce qu'il a à nous dire, le récit de Koepp s'amuse pourtant à nous égarer régulièrement, en brouillant un peu les pistes de manière à ce qu'on se demande parfois le sens de telle ou telle scène. Cela nous immerge comme jamais dans la tête des personnages, nous privant de la longueur d'avance qu'on a sur eux grâce à notre connaissance plus ou moins aigue du genre dans lequel le film s'insère. Même en se doutant de la destination, on en est parfois réduit aux mêmes spéculations que les personnages, notamment face aux nouveaux pouvoirs de Margaret Fairchild, dont on se demande jusqu'où ils iront.

Tout le récit constitue une magnifique montée en puissance vers l'émerveillement final qui éclate dans le climax du film, étonnamment anti-spectaculaire et qui nous remue pourtant en profondeur. Comme beaucoup de films du Maître, comme presque toute sa carrière, Disclosure Day nous prend par la main pour nous emmener vers cette beauté et cette pureté que seul l'immense Spielberg sait introduire dans son œuvre. Véritable enfant dans l'âme, il nous redonne 10 ans à nouveau pour mieux apprécier le spectacle qu'on vient voir en connaissance de cause. On sait dès le début du film ce à quoi on va assister et pourtant, on s'émerveille comme le plus naïf des enfants.

En cela, la sublime partition du non moins immense John Williams joue bien son rôle également. À 94 ans, le compositeur nous émerveille encore par sa capacité à traduire en notes et en sons l'émerveillement recherché par son complice de (presque) toujours. Il reflète la pureté du film et de ses séquences finales à la perfection, et nous fait entrer un peu plus profondément dans la Beauté recherchée par le réalisateur.


On pourrait s'attarder sur les défauts du film, notamment le plus majeur, qui oppose radicalement Disclosure Day à Rencontres du troisième type. Là où le film avec François Truffaut savait se taire quand il le fallait, celui-ci a plus de mal à le faire. Cela donne quelques dialogues vraiment trop didactiques auxquels on a du mal à croire (par exemple, le dialogue sur Dieu et les extraterrestres entre Daniel et Jane dans la maison abandonnée, vraiment pas naturel). C'est d'ailleurs peut-être l'incursion de Spielberg sur le terrain religieux qui constitue la plus grande force mais aussi la plus grande fragilité du film. En refusant de renoncer au film d'action (et on les en remercie quand même), Kœpp et Spielberg réduisent la réflexion à peau de chagrin ou à guère plus. Ils brossent ainsi de manière bien trop schématique la délicate et pourtant passionnante question du lien entre les extraterrestres et la foi (ici, exclusivement chrétienne). En se contentant de placer dans la bouche d'une religieuse l'ouverture - bien réelle - de l'Église sur la question des extraterrestres, Spielberg oublie ou évite de poser les questions religieuses fondamentales soulevées par la révélation de l'existence d'une vie extraterrestre, à commencer par celle du sens du sacrifice du Christ pour l'Humanité. Non, l'hypothèse extraterrestre ne remettrait pas en cause la foi en Dieu et les dogmes fondamentaux de la religion. Mais si l'on admet l'existence d'autres civilisations intelligentes, alors cela pose un certain nombre de questions sur le dogme de la Rédemption qu'il ne convient pas d'éluder, quand bien même le film de Spielberg n'a pas pour vocation à devenir un pensum théologique. Ces questions auraient mérité d'être tout au moins mentionnées pour éviter de rentrer dans une vision simpliste des chrétiens comme juste ouverts ou fermés par conservatisme ou progressisme à la question.

Là où Disclosure Day est particulièrement appréciable, c'est qu'il n'y est jamais question d'opposer la Science et la Foi. Spielberg a très bien compris en quoi les deux pouvaient se compléter et l'illustre à merveille à travers ses deux personnages. Là où le surdoué et très rationnel Daniel Kellner incarne évidemment la Science, Margaret Fairchild représente évidemment la Foi, qui la pousse à faire tant de choses sans comprendre pourquoi elle les fait, mais à accepter la présence de l'irrationnel et de l'invisible dans sa vie sans jamais la remettre en cause. C'est sans doute une des plus belles métaphores du film, et celle-là, le réalisateur sait l'exploiter jusqu'au bout.


Hormis cette question religieuse trop rapidement brossée pour être vraiment complète, et hormis peut-être une durée qui aurait mérité d'être légèrement réduite (d'une dizaine de minutes, probablement), Disclosure Day ne déçoit pas. Et l'on pourra s'émerveiller bien légitimement devant un des plus grands finales que Spielberg ait jamais filmés, bien qu'on aurait aimé qu'il nous apporte un peu plus les larmes aux yeux.

Cette séquence finale où l'Humanité découvre enfin la vérité et où chacun finit par accepter son rôle agit autant comme l'incursion de la croyance dans le réel que comme un magnifique hommage au pouvoir de l'image, et donc du cinéma.

C'est au moment où Margaret Fairchild finit enfin par obtenir le premier rôle devant la caméra, où Daniel s'installe légalement en régie, et où Noah finit par accepter de s'asseoir dans le siège du réalisateur que Disclosure Day s'achève. Et pourtant, c'est là que tout commence...

Une fois de plus, Spielberg nous offre une de ces métaphores du cinéma dont il a le secret. Bien sûr, on pourrait être frustré, mais cette frustration est bien l'incarnation même de l'élégance de Spielberg, qui sait se taire quand il le faut (même si c'est ici bien tardif) pour laisser parler l'imaginaire de chacun.

À nouveau, le silence se fait pour laisser l'image parler. À nouveau, le grand Steven Spielberg nous touche au plus profond du cœur en nous ouvrant le sien. À nouveau, nous, spectateurs, sommes le petit Sammy Fabelman émerveillé devant ces images qui bougent sur un écran, et par le pouvoir de la fiction, nous amènent à ce que les hommes recherchent au plus profond d'eux-mêmes, parfois sans le savoir : la Vérité.

Tonto
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le 12 juin 2026

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