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Comparativement à l’introduction de Jackie Brown que je décrivais dans ma précédente critique, l’héroïne marchant à contre-courant de la foule, seule, dans une direction claire et sur un pas pressé, celle de Django Unchained, elle-aussi à brûle pourpoint, sans scène prologue, se pose en contradiction. Notre héros est effacé dans la masse des esclaves, mené dans un sens puis dans l’autre par la caméra, perdu, confus, certainement pas maître de son destin.
Qui dit Tarantino dit évidemment personnages marquants, dialogues incisifs, violence débridée. Comme à l’accoutumée, Tarantino a fait de son érudition cinéphilique un melting pot savamment construit, digérant toutes ses références pour en ressortir un plat exquis allant du western spaghetti au Mandingo de Fleischer, en passant par Birth of a Nation, John Woo et les Nibelungen.
Alors avec l’apprenti Django, découvrant la folie du monde des hommes libres, on retiendra surtout le bon mot de Schultz, finalement gamin qui se découvre un grand cœur lorsqu’il est atteint du mal du pays, et à la patience courte qui finira par faire l’inverse de ce qu’il demande à Django, cédant à ses pulsions violentes au détriment de tout prudence.
Et en même temps, qui peut lui jeter la pierre lorsque la source de sa crise n’est autre qu’un Di Caprio carnassier, un psychopathe nimbé de rouge tel le diable, servi par un Samuel L. Jackson incarnant la pire des engeances, ordure alternant entre un visage public faussement servil et abruti, et une gravitas privée bien plus froide et calculatrice. Pareils vilains, malheureusement trop calqués sur le réel, ne méritent que l’expiation cathartique vengeresse de Christoph Waltz et Jamie Foxx.
Et quelle catharsis ! On fait fi des lois de la physique pourvu que ça charcle, que l’on se régale de voir les tortionnaires massacrés dans une violence on ne peut plus esthétique où le cool n’a nullement besoin de se justifier, se suffisant à lui-même dans sa symbolique de giclée de sang venant teindre le blanc du coton.
Derrière l’exubérance outrancière et l’humour absurde qui ponctue le métrage, se dresse constamment l’atroce réalité de cette période, de ces lieux, jamais atténuée : des générations d’esclaves qui se succèdent sans compréhension de la possibilité d’un monde extérieur différent, des riches planteurs faussement raffinés (hypocrisie francophile ignorant Dumas) qui tournent en rond et comblent leur ennui par une cruauté Pasolinienne et l’inceste, des américains qui redoutent de ne plus avoir un inférieur à accabler de tous les maux pour continuer à forger l’héritage de leur pays…
Tout est présent, et dans les interstices du trip fun et décomplexé tarantinesque, se lit une vision juste et lucide des racines nationales. La violence est jouissive car on l’a connue - on la connaît encore - et que l’on sait la manier, dans l’horreur comme dans la comédie. Elle est dans l’ADN américain, et constitue un immanquable, sous toutes ses formes. Si avant sa sortie, beaucoup craignaient le traitement de cette sombre période par le prisme d’un des cinéastes les plus décomplexés de sa génération, force est de constater que le résultat se fait dans une révérence réussie.