Si La Nuit du 12 sondait l’intime et la douleur des enquêtes inachevées, Dossier 137 choisit une voie plus frontale : mettre en lumière comment l’institution policière s’auto-protège lorsqu’elle est confrontée à ses propres fautes. Inspiré de faits réels établis durant la crise des Gilets jaunes, le film s’ancre dans un contexte brûlant et donne une résonance politique immédiate à son récit.
Le cœur du film repose sur Léa Drucker, magistrale en enquêtrice décidée à aller au bout de la vérité, quitte à se retrouver seule contre tous. Son personnage incarne à la fois la rigueur et la fragilité : rigueur face aux murs de silence qu’elle affronte, fragilité face au prix humain qu’exige une telle obstination.
Ce qui frappe, c’est le refus du spectaculaire. Pas d’ultra-violence, pas de fantasmes de polar musclé comme dans BAC Nord. Le film choisit au contraire la sécheresse du réel : auditions qui tournent en rond, pressions hiérarchiques, manipulations de rapports, faux témoignages. S'inspirant d’affaires documentées, c’est cette vérité brute qui glace le spectateur.
Mais Dossier 137 ne se contente pas de dénoncer la police. Il expose un système verrouillé : hiérarchie policière, magistrature passive, relais politiques, tous convergeant pour protéger la façade et éviter le scandale. Derrière cette mécanique, on devine la main d’un pouvoir autoritaire, un exécutif jupitérien obsédé par l’ordre et la sécurité, qui préfère broyer les individus que d’admettre ses fautes.
Cette dureté est parfois adoucie par des moments de respiration, notamment ce chat recueilli par l’enquêtrice, fragile rappel d’humanité dans un univers où tout semble se déshumaniser (Boom A VOTÉ, Boom A VOTÉ). Ces détails permettent au film de ne pas sombrer dans un désespoir absolu, tout en renforçant la violence du système dénoncé.
Au final, Dossier 137 est à la fois un polar haletant et un film politique nécessaire. Haletant, car il garde une tension constante sans céder à la facilité. Politique, parce qu’il met à nu une fracture démocratique béante : une police qui se protège coûte que coûte quitte à mentir et déformer la réalité honteusement, un peuple en colère qui ne lui fait plus confiance, et un État qui organise le silence et ordonne de regarder ailleurs -d'ailleurs, des lois sont passées en ce sens-.
Un film coup de poing, réaliste, dérangeant, et essentiel pour comprendre une part de ce que fut le temps de la France des Gilets jaunes.
A découvrir sans réserves!