Si à l'image de la Nuit du 12, le fond général du dernier film de Dominik Moll est respectable, le film exposant la gravités des violences policières sur le mouvement des gilets jaunes de 2018, je reste néanmoins très réservé quant à sa forme, que je trouve (trop) convenue.
Comme pour son précédent long-métrage, Moll semble redouter la manière dont son spectateur pourrait interpréter son œuvre. Il est angoissé à l'idée de proposer un cinéma avec un réel parti pris, jouissant d'une mise en scène incarnée. Alors ce dernier préfère faire avancer le récit par le dialogue. Or ces dialogues se révèlent, une fois encore, maladroits, mal interprétés et surtout beaucoup trop démonstratifs. C’est ce dernier point que je souhaite développer brièvement.
Oublions la finesse et laissons place aux tirades moralisatrices. C’était déjà, selon moi, l’un des principaux reproches que l’on pouvait adresser à La Nuit du 12. L’intention du réalisateur y était suffisamment perceptible à travers les situations présentées, mais Moll éprouvait malgré tout le besoin d’asséner au spectateur des leçons de morale via ses dialogues.
Dans une séquence de Dossier 137, Léa Drucker prend en filature une jeune femme racisée témoin des violences policières lors de la nuit de l’insurrection. Excédée d’être filée depuis des heures, celle-ci lance à la policière de l’IGPN que lorsque les victimes de bavures policières sont blanches, on s’intéresse davantage à leur sort. On aurait facilement pu se passer d’un tel échange, car cette question du traitement différencié n’est ni centrale dans le film ni justifiée sous cette forme, à moins d’être véritablement approfondie. Et si tel avait été l’objectif, cette idée aurait gagné à être exprimée par la mise en scène elle-même, en somme, par du cinéma.
De plus, je n’ai retenu aucun plan réellement marquant dans Dossier 137, aucune idée de mise en scène un tant soit peu audacieuse, seulement une succession de champs-contrechamps (parfois même un peu kitsch ?) durant les interrogatoires. Quel dommage d’adopter une forme aussi timide pour un sujet d’une telle gravité. D’autant qu’il y avait matière à approfondir car l’héroïne du film occupe une position d’entre-deux particulièrement intéressante, rejetée à la fois par ses collègues et par une partie de la population. Un tel tiraillement aurait pu être traduit par des choix de cinéma. Mais non, Moll se repose encore et toujours sur ses dialogues ! On se retrouve finalement face à un cinéma de la tempérance, à l’image du personnage de Léa Drucker, qui n’ose jamais vraiment prendre position, et ça, que c’est bien regrettable ...