Dracula selon Besson : un marteau-piqueur dans un salon baroque. Porté par un Caleb Landry-Jones en vampire électrochoc, le film alterne entre scènes d’intimité envoûtantes et déluges de décibels inutiles. Le réalisateur s’y révèle, une fois de plus, tiraillé entre son âme de romantique et ses démons spectaculaires.
Dans une mise en scène tapageuse et beaucoup trop assénée, le Dracula de Luc Besson se perd dans de vaines surenchères alors qu’il reprend souffle dans les scènes d’intimité.
Caleb Landry-Jones : Le vampire qui sauve le navire
Rien de bien nouveau au royaume de Dracula version Luc Besson si ce n’est le charismatique comédien Caleb Landry-Jones. Le film est tout entier focalisé sur son visage, ses changements de perruque et d’âge, sa capacité fluide à venir nourrir par sa présence romantico-inquiétante n’importe quel accoutrement ou plan. L’agilité du comédien à pleurer, attendre, regarder et magnifier cette quête d’une passion morbide vieille de 400 ans pour sa bien-aimée princesse rend ce Dracula intrigant.
Besson a eu l’intelligence de tout construire autour de lui : son visage androgyne, ses yeux fiévreux, sa manière de transformer une perruque kitsch en accessoire tragique. Le comédien incarne moins Dracula qu’il ne le désosse – jouant tour à tour le prédateur, l’amant éploré, le monstre fragile.
Tapage et ratage
N’était sa présence, la réalisation se dilue dans un excès tapageur d’actions trop mécaniques et rapides pour être appréciées. Les premiers combats semblent filmés en accéléré sans chair. Surtout, l’omniprésence d’une musique trop signifiante enferme le film jusqu’à saturation. Le film hurle au lieu de murmurer. C’est d’autant plus dommage que la vraie inspiration du film, sa teinte sonore la plus avérée, est la foi dans l’amour éternel, la flamboyance fiévreuse d’un romantisme transcendant toutes les épreuves. Et quand Besson lâche du lest – une étreinte filmée à flanc de visage, un dialogue à voix basse –, une émotion fugace apparaît.
Le Paradoxe Bessonien : L’enfant qui veut faire « gros »
Besson réussit quelques plans où, vraiment, nous sentons une âme, une émotion : ceux de ses deux acteurs vedettes se déclarant leur flamme et s’embrassant pour l’éternité. Il y a la réminiscence d’une part irréductible chez Besson : l’enfance, la candeur de l’enfant qui joue à mettre en scène un film où ça tue et décapite dans tous les sens, alors même que c’est fondamentalement l’esprit romantique d’une profonde histoire d’amour qui l’intéresse. Au fond, ce Dracula révèle le drame secret de Luc Besson : un réalisateur romantique enchaîné à ses propres excès. Les scènes les plus justes sont celles où il oublie d’en faire trop.
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