Dracula
4.7
Dracula

Film de Luc Besson (2025)

Voir le film

Un suceur romantique entre deux gargouilles

Depuis le naufrage commercial de Valérian et la Cité des mille planètes (2017), Luc Besson a dû vendre son studio aux américains de Vine. Ce qui ne l'empêche pas de continuer à produire et réaliser des films. La différence est que notre mania national doit passer par d'autres distributeurs que lui-même. Après une association avec Apollo Films, le voici sponsorisé par le groupe M6, en compagnie de Canal + et TF1, avec un budget de 45 millions d'euros. Ce qui fait de Dracula le film français le plus cher de 2025.


Mais on ne change pas une équipe qui perd depuis plusieurs décennies désormais. Dialogues ridicules. Comme d'habitude, ça coupe beaucoup trop rapidement et met trop de plans ; quand certaines scènes sont inutiles, à l'image du passage à la fête ou Dracula (Caleb Landry Jones) qui s'éclate à faire danser des nobles. Ou alors c'est tellement confus qu'on ne comprend pas un simple coup de dague.


Les acteurs sont mauvais comme pas possible. Guillaume De Tonquédec et Ewens Abid passent totalement à côté de leur film. Le premier semble nous rejouer le père Lepic de la série Fais pas ci, fais pas ça (2007 - 2024), quand le second nous joue Jonathan Harker en mode sidekick comique. Christoph Waltz est plus convaincant chez Guillermo Del Toro et on s'amusera de ce moment Droopy où il va pour tuer Dracula, ce dernier referme la porte et Van Helsing baisse ses ustensiles en mode "ah ben merde alors... tant pis !". Matilda De Angelis est beaucoup trop dans le rôle pour un tel film, quand Zoe Sidel est tout le temps à côté et encore plus une fois son personnage vampirisé. Certains ont beaucoup critiqué Lily-Rose Depp dans le récent Nosferatu (Robert Eggers, 2024), mais au moins elle tentait des trucs. Là il n'y a rien du tout. Et on passera sur le peu de charisme de Caleb Landry Jones maquillage ou pas.


Les gargouilles font des galipettes façon yamakasi et sont d'une laideur à faire pâlir les Minimoys. Mieux, on se demande où sont passés les fameux 45 millions d'euros de budget vu la gueule de ces machins. Que Besson n'a pas voulu leur donner d'émotions pourquoi pas, c'est un choix artistique comme un autre. Mais on n'a jamais l'impression de voir des créatures de pierre, juste un truc moche en CGI. On admirera aussi le twist lié à ces dernières, Tonton Besson sortant le truc comme par magie en mode "bon voilà, faites avec ça ! ".


Le réalisateur semble confondre Jean-Baptiste Grenouille et Vlad quand il ne renifle pas du côté de Francis Ford Coppola. Le moment avec les nonnes en est un très bon exemple, tant la scène est grotesque entre le délire kebab humain et les actrices qui jouent horriblement mal. On ne pense jamais à Dracula ici. Le pauvre Jonathan Harker pourrait ne pas être dans l'intrigue que cela ne changerait absolument rien. En effet, vu que la goule de Dracu (De Angelis) a déjà mis le grappin sur Mina (où Besson est à ça de mettre une scène gourmande et croquante lesbienne), il sert à quoi Johnny ?


Dracula confirme également ce que Haute tension (Alexandre Aja, 2003) et Arthur Malédiction (Barthélemy Grossmann, 2022) nous avait déjà fait comprendre : Luc Besson ne sait pas comment on fait un film d'horreur ou fantastique. Même niveau graphique, le seul moment gore est le passage de la décapitation de la goule. Le passage guerrier du début (qui renvoie au Coppola encore et toujours, mais à aussi à l'ouverture de Gladiator) a un montage tellement mal foutu qu'on ne comprend rien à ce qu'il se passe. Sans compter un manque de figuration évident (on est vraiment pas loin de Vercingétorix). Donc difficile de trouver cela épique, sans compter ce casque ridicule (quand ce ne sont pas certains décors intérieurs qui sentent le carton pâte).


Besson ne sait pas susciter quoique ce soit (du fun, de l'épique, de l'horreur), donc il fait autre chose : du romantisme de bas étage. Ce qui le rapproche encore de Coppola. Sauf que Francis n'est pas Besson. Son film est bien écrit (même la vision romantique tient mieux, car Vlad reste un prédateur) et même fauché comme les blés au point de devoir faire des commandes, le mec n'a pas perdu sa folie furieuse depuis Apocalypse now (1979). S'il y a eu le sursaut Valérian, cela fait depuis les 2000's que Besson n'a plus grande ambition visuelle et le film n'a rien pour impressionner. Vlad n'est pas un tueur sanguinaire ici contrairement à ce que suggère son blaze. Par contre, il aime bien surveiller Mina, parce que vous comprenez c'est évidemment l'homme de sa vie (mais elle ne le sait pas encore).


On est donc plus proche de Twilight que de Bram Stoker et Besson a dégagé le passage du bateau, tout comme le contrat est à peine évoqué (donc on ne sait pas trop pourquoi Harker vient). On ne comprend pas non plus pourquoi madame Dracula (Sidel) quitte le château au début du film, conduisant à sa mort.


Tonton Besson peut donc encore dire merci à ses copains présents dans les chaînes de télévision. Quand bien même le mec cumule les bides commerciaux depuis 2006 et qu'il livre une bouse de plus.

Borat8
1
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à ses listes 2025 et Journal de bord 2026

Créée

le 18 janv. 2026

Critique lue 30 fois

Borat 8

Écrit par

Critique lue 30 fois

D'autres avis sur Dracula

Dracula

Dracula

7

Aude_L

2810 critiques

À la vie, à l'amour...

La nouvelle adaptation du roman de Bram Stoker réunit ce que Besson sait faire de mieux et "de moins bien", dans ce qui reste une magnifique tragédie d'amour (oui, on a versé la petite larme à la...

le 31 juil. 2025

Dracula

Dracula

4

Fêtons_le_cinéma

3851 critiques

État de la recherche

Dracula version Luc Besson – dont il signe seul le scénario ! – n’est qu’un patchwork des précédentes adaptations touchant de près ou de loin au mythe du vampire : la sensualité et la physionomie du...

le 20 août 2025

Dracula

Dracula

5

Behind_the_Mask

1494 critiques

Luc Besson a-t-il perdu son mordant ?

Luc Besson semble dorénavant naviguer à vue dans le choix de ses projets.Surtout depuis Dogman, avec son personnage brinquebalant mais inexplicablement attachant et ses lourdeurs symboliques.Puis...

le 4 août 2025

Du même critique

Les Aventuriers

Les Aventuriers

9

Borat8

419 critiques

L'aventure c'est l'aventure

Fort Boyard est diffusé en France depuis 1990 et a connu plus d'une version étrangère. La particularité du jeu est que le fort est un décor unique pour chaque version, monument historique situé dans...

le 12 avr. 2020

Kaena : La Prophétie

Kaena : La Prophétie

7

Borat8

419 critiques

Entre deux mondes

En 2003, ce film d'animation français avait fait grand bruit avant sa sortie et pour cause, il était visiblement le premier long-métrage réalisé en CGI en France. Le souci est que le soufflet est...

le 19 févr. 2020

Eternal Sunshine of the Spotless Mind

Eternal Sunshine of the Spotless Mind

9

Borat8

419 critiques

Everybody's gotta learn sometime

Après une première collaboration bien loufoque (Human Nature, 2001), Michel Gondry et le scénariste Charlie Kaufman se lançaient dans cette histoire de voyage mental un peu dans le sillon de Dans la...

le 21 déc. 2019