Aucun méchant humain, un propos pacifiste qui brassait des thèmes aussi vastes que l'héroïsme, l'ethnographie et le langage, et un héros qui finissait amputé en dernier acte. Petite merveille de comédie d'aventure, Dragons avait su, malgré l'optimisme habituel du cinéma familial, digérer une mythologie dont les auteurs semblaient réellement fans. Rappel des "faits"...


Asgard, haut lieu de la mythologie nordique, est celui où demeurent les dieux. Si l'imaginaire collectif associe régulièrement le mot "viking" à une rudesse indomptable, c'est en partie à cause de la philosophie qui découle de cette mythologie. Les dieux, résignés, attendent leurs adversaires et la mort qu'ils leur infligeront. Pourtant, ils se battront. Condamnés d'avance, ils s'acharneront à lutter.


Il en va de même pour les hommes. Sûrs de périr, ils ne recherchent pas une vie heureuse mais une mort courageuse. Là est le seul moyen de devenir un héros et d'accéder ainsi au Valhalla, l'une des plus grandes salles d'Asgard où ils attendront sa chute aux côtés des dieux. La victoire, dans la mythologie nordique, n'a rien à voir avec un triomphe sur le mal. Elle tient à notre façon de lui résister jusqu'au bout.


Des concepts forcément impossibles à traduire fidèlement dans une production familiale. Malins, les auteurs de Dragons recyclaient ces idées pour en extraire, sinon son pessimisme, au moins une noblesse de coeur dont le bellicisme à fleur de peau débouchait donc sur une mutilation corporelle. Carrément osé, ce qui n'empêchait pas l'humour de fonctionner à plein régime au long de l'aventure.


Au lieu de capitaliser sur ces brillants acquis, Dragons 2 préfère la jouer profil bas. Malgré lui, le film est obligé d'avancer. Et il le fait, toujours plus vite, comme par peur de regarder dans les yeux le chef-d'oeuvre qui sommeille en lui. Car il y a bien deux films qui cohabitent dans cette séquelle. Et ils ne cessent de se bouder jusqu'à la fin de la projection, les fulgurances de l'un brisant parfois le confort de l'autre.


Le premier Dragons 2, amusé, multiplie les nouveaux personnages, marche agréablement dans les pas de son modèle pour la mise en scène (il en récupère même l'introduction et la conclusion), offre un spectacle plaisant et nous laisse le temps de retrouver cet univers. Mais il a remplacé la menace dragon par un méchant bien humain, énième bad guy vindicatif qui veut conquérir le monde et n'a rien compris à la bonté d'âme des gentils.


L'autre Dragons 2, habité, fait citer le Valhalla à ses héros, s'attarde sur des funérailles où l'âme du défunt s'en va rejoindre les dieux sous le regard d'une silhouette qui se découpe dans les flammes, donne à un personnage féminin des accents mystiques et une stature dignes des Wendols du 13ème Guerrier de John McTiernan, présente des espèces inconnues au "sourire" inquiétant... Bref, il invoque les racines mythologiques qui sont ses fondations.


Divertissement tout à fait honorable, Dragons 2 paye le prix de sa timidité. Le spectacle est là, il est soigné, mais n'atteint jamais la grâce de ses meilleures séquences. Celles où cet autre suite s'immisce et creuse ses personnages avant de les faire avancer. Celles où l'humour, ici un peu absent, aurait pu laisser place à un voyage grandiose. Cet opus, loin derrière son modèle, n'est clairement pas un mauvais film. Mais bon sang, il aurait pu faire trembler les cieux de l'animation US...

Fritz_the_Cat
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le 9 juil. 2014

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Fritz_the_Cat

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