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Citizen Vain
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le 16 juil. 2025
En 2018, Ari Aster avait marqué les esprits des cinéphiles avec sa première réalisation Hereditary. Un brillant avenir se dressait devant lui. Après l'excessivement long Midsommar suivi de Beau Is Afraid que j'ai largement conspué dans ma critique d'alors, le réalisateur américain confirme qu'il fait bien partie de l'élite cinématographique mondial en participant pour la deuxième fois à la sélection officielle du festival Cannes avec un titre sobre Eddington.
Dès les premières minutes le film présente les thèmes principaux du film : la crise sanitaire du covid-19, les conspirationnistes, les émeutes liées à la mort de Georges Floyd et le wokisme, les data centers, la corruption des élites, la déconnexion entre les décideurs et la population générale... Effectivement cela permet de dresser un tableau quasi complet des travers de l'époque actuelle mais à quel moment un film fut il d'une durée de 2 heures et demie pourrait-il embrasser autant de sujet ? Qui trop embrasse mal étreint se vérifie parfaitement lorsqu'on essaie de réfléchir un tant soit peu à l'issue du film. Le propos d'Ari Aster est sommaire, superficiel et incomplet. L'idée qu'il se fait de son film c'est une succession de saynètes pour chaque sujet sans lien entre eux et avec pour seul fil rouge le personnage de Joe Cross, qui représente le trumpiste moyen tel que se le représente les élites économiques et politiques.
Connaissant la sévérité du "Trump derangement syndrom" qui affecte Hollywood dans son ensemble, il est très cohérent que les trois stars Emma Stone, Joaquin Phoenix et Pedro Pascal, connus pour leur position tranchée sur la question, soit présents au casting du film. Ici il ne s'agit pas tenter de représenter avec sincérité des personnages avec leurs valeurs, leurs envies et leurs aspirations et de les confronter honnêtement pour laisser au spectateur la liberté de se faire son opinion sur des points de vue différents. Tout doit conduire à la condamnation du personnage de Joe Cross.
J'exagère un peu car dans sa première moitié, on suit à peu près la logique d'un film dramatique. Et soudain, Ari Aster décide de faire dérailler son propre film, en ajoutant une sous-intrigue à base d'antifa terroriste. La suite est une sorte de resucé de Falling Down avec Michael Douglas, sans l'intelligence, et cela dure... longtemps.
Hormis ce problème d'écriture fondamental, le film est plutôt compétent sur les plans techniques : la photographie de Darius Kondhji est très lisible, même dans les scènes nocturnes, l'ambiance sonore est plutôt habile en particulier la scène avec la musique de Katy Perry.
On regrettera la sous-exploitation de la plupart du casting mais cela tient essentiellement aux problèmes d'écriture déjà mentionnés.
Finalement, il ne suffit pas de faire de belles images pour un bon film, le style seul est rarement suffisant pour faire une œuvre qui tient debout. Il faut avant tout un sujet, une manière de le traiter et une réflexion qui se traduit par des personnages humains, cohérents et envers qui l'empathie est possible. C'est ce qui manque fondamentalement à ce film et à quantités d'autres qui sortent toutes les semaines au cinéma. Parfois quand je repense à certains films je n'arrive plus à savoir s'il s'agit d'un film de Yorgos Lanthimos, de Ruben Ostlund, d'Ari Aster, de Gareth Edwards, d'Alex Garland ou de Jonathan Glazer tant ils usent des mêmes ficelles d'écriture.
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Créée
le 20 juil. 2025
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