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SuivreCitizen Vain
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/!\ SPOILER /!\
Un autre temps, celui du Covid. Et un autre lieu que celui de mon imaginaire y étant associé : une petite ville quelconque du Nouveau-Mexique.
Je n’avais encore jamais vu de film d’Ari Aster. Je découvre ici une réalisation très soignée : des plans efficaces pour représenter la distanciation sociale, une photo nocturne magnifique, et quelques trouvailles visuelles et sonores (comme la spatialisation de Firework craché sur des enceintes, qui devient un ressort narratif en soi). Le ton est grinçant, souvent drôle, oscillant entre satire douce et thriller psychologique, jusqu’à basculer dans un film d’action à la troisième personne, presque vidéoludique.
Le Covid sert ici de catalyseur : il exacerbe les tensions déjà présentes, déchaîne les haines latentes, et pousse chaque personnage au bord du gouffre. Le Shériff Cross (excellent Joaquin Phoenix) incarne cette montée en tension. Tout d’abord un boomer un peu paumé, mais bienveillant. L’anti-héros parfait, comme si Heidegger avait vécu la pandémie. Le film le suit jusqu’à l’implosion, en alignant les humiliations : par sa femme, son maire, sa belle-mère, les étudiants, un SDF, YouTube... Tout le mène à sa perte. Et parce qu’il est le protagoniste, tout le mène aussi à son excuse.
De là naît l’ambiguïté centrale du film : il veut pointer l’hypocrisie générale, l’aveuglement collectif, mais il reste focalisé sur un regard d’homme blanc, conservateur, en déclin symbolique et relationnel. Et les femmes ? Trois sont développées, mais toujours à travers leur lien aux hommes. La belle-mère devient la seule figure « forte », mais acariâtre et complotiste. La femme du Shériff parle peu et est peu écoutée vraiment, son trauma est même raconté par son mari. Puis quand elle s’exprime enfin, il éteint la télé. La jeune Ashley ? Symbole d’un activisme mal situé géographiquement, désirée par trois hommes, réduite à son rôle de ressort narratif.
Et le film dénonce cette confiscation de la parole. Mais il ne la corrige jamais et semble même dire au spectateur : « Oui, je sais, je parle à la place des femmes, mais au moins je le dis. » Et ça, c’est exactement ce que fait le personnage du jeune woke hypocrite dans le film. Un cynisme lucide, oui, mais aussi confortable. Et qui me répondrait que je suis ce jeune woke qui parle à la place des femmes, pour compléter la boucle.
La fin, qui voit l’inauguration grotesque d’un datacenter « IA-bullshit » SolidGoldMagikarp, le synthétise bien : les acteurs ont changé, mais le capitalisme a gagné. Et le film, dans une dernière scène burlesque (et un peu too much à mon goût) où le Shériff est humilié une fois encore, semble nous dire que tout ça n’avait pas vraiment d’enjeu. Que le capitalisme gagne toujours, et que les humiliés finiront par tirer sur quelqu’un.
Mais contrairement à Parasite, qui catalysait sa violence finale pour appuyer sur le nerf social de son propos, Eddington aboutit dans un nihilisme confus.
Il dénonce tout, donc il n’accuse plus rien.
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Créée
le 3 août 2025
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