Au début du film, il y a Edgar et son projet de raconter l’amour : les sentiments, la fidélité… Sauf qu’au fil du film, le cadre se dilue, la poésie s’emmêle, les discours politiques viennent obstruer… Dès que l’Amour commence à être mise en forme, Godard y jette un flou.
Et c’est je pense le propos central du film : l’Amour est singulier car il est innommable. L’Amour nous dépasse et on ne peut l’attraper ni avec les mots, ni avec les images ou quoi que ce soit d’autre. Il y a le devoir de mémoire en Histoire, que Godard oppose au droit à la mémoire en Amour : car nous êtres humains avons besoin de confort moral et nous adonnons volontiers à l’acte de l’oubli. Parce que nos souvenirs amoureux sont gênants, non glorieux, furtifs etc. peu importe la raison. La question du devoir de mémoire en Amour ne se pose même pas.
Godard juxtapose l’Amour et la Politique : Si la Politique se veut un terrain de pragmatisme voire de cynisme, l’Amour lui échapperas toujours précisément sur ce point : il n’y a pas de pragmatisme en Amour.
Alors oui on s’embrasse, couche, se marie, avons des enfants mais on ne touche jamais la profondeur de l’amour : les paroles à moitié dites, les oublis cruels, les gestes manqués, les gênes occasionnées, les intentions contradictoires, les regards qui se perdent… Mais Godard a tenté de montrer tout ça, non sans pudeur et vulnérabilité.
Le film perd volontairement sa structure qu’Edgar devait perdre ses concepts.
Un chef d’œuvre.