Prenons un concept qu'on commence à beaucoup voir comme la boucle temporelle.
Pour la réalisation, prenons le plan séquence, qui est presque devenu un cliché en soi, tant on le voit souvent plus par volonté de montrer une prouesse technique que par véritable intérêt narratif.
Mixons ces deux éléments, peu originaux en 2025, mettons les aux services de scénaristes et réalisateurs compétents et ça donne "River" ("En Boucle" pour le public francophone).
De la même manière que "Comme un lundi", autre film japonais sur les boucles temporelles (qui est très chouette au passage), ici on repense la durée de la boucle. Elle ne dure pas 1 journée, comme on le voit le plus fréquemment dans les films, mais 2 minutes. Et contrairement à ce qu'on pourrait croire, ça n'est pas répétitif car les personnages se souviennent des boucles précédentes. Leurs actions et leur évolution se fait, par conséquent, en ayant conscience d'être coincées dans la même période temporelle.
Le film arrive vraiment à créer son ambiance. C'est à la fois assez comique, flirtant même avec l'absurde, tout en ayant des personnages dont les réactions sont crédibles et cohérentes par rapport à la tonalité globale.
Et niveau réalisation, on parlait de plans séquence précédemment. Et bien chaque boucle est un plan séquence de 2 minutes. Et chaque boucle débute sur la même échelle de plan avec le même angle de caméra qui filmait la protagoniste au moment de la fin de la boucle précédente (je ne sais pas si je suis très clair). Le plan séquence donne vraiment ce côté "temps qui s'écoule" de manière inéluctable, et participe à rendre crédibles les déplacements, dialogues et interactions des personnages qui, pour eux comme pour le spectateur, durent exactement le même temps. Tout est axé autour de ces 2 minutes.
De plus, le paradoxe pour nous spectateur c'est que dans un film classique le temps "normal" diégétique est celui conçu par le montage, qui agence le temps et biaise notre rapport à la durée. Et bien ici, comment signifié les moments hors de la boucle ? Par du montage pour contraster avec les plans séquences. Le temps revient à la normale dans le film lorsqu'il correspond à l'anormal pour la réalité. En gros le film est normal quand il est un film qui correspond à la manière de concevoir le temps dans les autres films (je ne suis toujours pas certain d'être clair).
C'est génial comme réflexion sur le médium mais même sans aller aussi loin c'est juste génial de simplicité et d'élégance d'avoir juste pensé à marquer la distinction entre les moments dans la boucle et en dehors par la réalisation. Bon j'ai dit "génial de simplicité" je parle de l'idée sur le papier parce que, dans les faits, ça a dû être très complexe à mettre en place et ça a du demander énormément de travail et de répétitions pour que les acteurs et les techniciens soient parfaitement coordonnés.
J'avoue ne pas comprendre les notes très moyennes que le film se prend.
Pour ma part c'est un coup de cœur que je recommande largement !!