Pas facile. C'est sûr. La paternité, le désir, le remord. Pas facile d'en apprécier tous les aspects, d'autant que ces thèmes, s'ils sont plutôt connectes, n'en sont pas moins complexes. Alors du coup, le passage par la métaphore est nécessaire et à l'écran, cela donne cette ouverture sur un homme à la coupe de cheveux improbable, qui ouvre la bouche et produit ainsi une créature fantomatique qui vient s'échouer sur une planète lointaine, le tout dans un décor très spatial. Voire plutôt lunaire. Cet homme, c'est Henry, hispter avant l'heure qui s'avère aussi père d'un enfant prématuré, dont la mère même semble douter de l'humanité. A eux deux, ils décident d'élever la petite créature malgré tout et c'est une fois la demoiselle partie que l'angoisse commence à réellement s'inviter. Non pas qu'avant, c'était réellement la joie non plus. Bon, pas la peine d'essayer de faire un condensé de ce que j'ai compris, à mon avis, j'ai surtout appréhendé la surface (le rapport à la paternité raté, le désir inassouvi, ce genre de chose). Autant faire plutôt l'état des lieux de ce que j'ai apprécié dans ce labyrinthe.
D'abord, les tuyaux. Omniprésents. Au début, on en voit qui envahissent le décor. Le personnage tentant de rentrer chez lui se voit contraint de traverser un terrain vague, au pied d'une énorme usine. A peine chez lui, les bruits de vapeur se font entendre et dès lors, ce sera une sorte de mélopée en arrière-plan, continue. La machine sans doute, très présente, l'industrialisation, mais dans quel sens ? Aucune idée, mais j'ai aimé cette façon dont finalement le film semble suinter. Comme s'il était humide, en permanence, mais c'est plutôt évident, avec cette vapeur dont l'on comprend qu'elle doit fuir sans arrêt. D'ailleurs, un personnage nous le dit lui-même : les tuyaux composent l'enfer, certes, mais ils n'ont pas poussé hors du sol. C'est bel et bien l'homme qui les a introduit dans son horizon, les a dressé comme des barreaux aux fenêtres de sa cellule. Au point que plusieurs fois, le personnage tourne les yeux vers son radiateur comme un prisonnier regarde à travers l'étroite ouverture de sa prison, vers un ailleurs hors de portée.
Le rapport à la chair. La conception malade de l'enfant prématuré, présenté comme une créature indigeste, qui tombe soudainement malade - avec des symptômes plutôt impressionnants. Une bête informe, qui provoque davantage - pour ma part - de dégoût que de compassion. La démonstration que la chair est corrompue. Et pourtant, il y a bien cette voisine désirable que le héros tente d'amener dans son lit, au risque qu'elle y découvre la maladie qui le ronge. Laquelle ? On ne saura jamais vraiment. Tout le film semble évoquer l'organique, mais un organique cancéreux, qui s'est développé trop vite, dans un environnement malsain. Et toutes ces évocations étranges, saisissantes par le contraste exercé, comme par exemple cette chanteuse bizarre, aux joues un peu trop pleines, incarnant une sorte de pureté puritaine et qui chante en écrasant ce que nombreux considèrent comme des foetus, ce que j'imaginais plutôt être des spermatozoïdes. J'y ai vu une métaphore du personnage se masturbant, et j'avoue que l'idée m'a paru des plus intéressantes. Enfin, intéressantes. Je n'ose imaginer ce que ça pourrait vouloir dire autant de Lynch que de moi, tout ça...
Le point d'orgue du délire, c'est la mort de l'enfant, un véritable cauchemar qui prend réellement aux tripes. Autour de ça, quelques séquences énigmatiques, fascinantes : le dîner avec les beaux-parents, le petit théâtre où Henry perd la tête, ces passages lunaires où un être difforme tire les ficelles de ce qui doit être la nature organique. Et la séquence grotesque et absurde où l'on comprend le titre du film. Et peut-être son sens ? Celui de la fuite des responsabilités, de la fuite de la maturité qui change le corps ? Peut-être. J'avoue que je n'en ai aucune idée.
C'est lent, j'ai regardé plusieurs fois l'heure en me demandant comment cela allait se finir et j'ai fini par me rendre compte que cela n'aurait certainement pas de fin. Mais en ça, un film expérimental ne pouvait pas vraiment en avoir. Après ça, j'avais le ventre retourné. J'ai mis un moment à déglutir tant le film m'a vraiment rendu malade. Ca a mis un peu de temps à décanter, jusqu'à ce que j'arrive enfin à manger une mini-gâche avec des pépites de chocolat et que je me regarde un épisode de Doctor Who. Là, ça allait mieux. Je ne pense pas qu'il soit facile de noter un film pareil, tant il a l'air de vouloir vous inviter dans son univers (bizarrement homogène) mais composer en grande partie de miroirs. Chacun y fera son voyage. Pour ma part, j'y ai vu toutes ces inspirations que les concepteurs de Silent Hill ont puisé, et que j'étais venu plus ou moins chercher. Pari tenu, donc, et même mieux, puisque cela m'a emporté à la limite de la nausée. Chose plutôt intéressante, mais à nouveau, plus pour mon psy que pour Sens Critique !