Après avoir frappé un grand coup avec Barbarian en 2022, ce film qui avait réussi à transformer une simple location Airbnb en cauchemar absolu, au point de nous faire hésiter à jamais avant de cliquer sur « réserver », Zach Cregger signe avec Weapons un film d’une maîtrise narrative et formelle impressionnante. Le titre français, Évanouis, passe à côté de l’essentiel. Le titre original, lui, annonce la couleur : ce n’est pas tant un film sur les armes, que sur ceux qui le deviennent.
Le récit s’ouvre sur un événement glaçant : la disparition de 17 enfants dans une classe. À partir de là, Cregger déploie un récit éclaté, presque choral, qui suit plusieurs personnages, un récit qui compose peu à peu un tableau cohérent, dérangeant, fascinant. Il y a du puzzle dans la construction, une manière très tarantinesque d’avancer à rebours, d’ajouter couche après couche sans jamais briser le mystère.
C’est aussi un film qui sonde les fondations d’une Amérique malade, celle des banlieues pavillonnaires trop tranquilles, des illusions de sécurité. Les enfants ne sont pas des victimes, ils sont le cœur battant — et battu — de cette société en dérive, jusqu’à devenir eux-mêmes des armes, au sens propre comme au figuré. Une idée forte, terrible, qui donne au film une charge symbolique puissante sans jamais tomber dans le discours appuyé.
La mise en scène est précise, immersive, tendue, sans jamais se reposer sur des effets faciles. L’humour y perce par moments, avec un sens du contrepoint réjouissant. On pense à Get out de Jordan Peele pour l’audace du ton, mais surtout à Ari Aster — notamment à son récent Eddington — pour cette manière de radiographier une Amérique contemporaine au bord de la crise de nerfs. À la différence près que Cregger infuse à son film un rythme, une énergie et une inventivité narrative qui le placent un cran au-dessus.
Servi par des acteurs justes et habités, Weapons est à la fois un thriller paranoïaque, une satire sociale et un film d’horreur efficace