Weapons est un conte horrifique signé Zach Cregger.
A 2h17 du matin, 17 enfants s’enfuient en courant du nid familial pour s’enfoncer dans la nuit. Le phénomène est inexplicable. Ils sont de la même classe. Un seul élève n'a pas disparu, Alex (Cary Christopher). Il porte sur ses frêles épaules un lourd secret.
L’histoire fait penser au Joueur de flûte de Hamelin, ainsi qu’aux contes des frères Grimm. La présence de la voix off d’un enfant accentue ce sentiment. Il nous donne envie de tourner les pages frénétiquement pour en découvrir le mystère.
Justine (Julia Garner) est la maîtresse dont la classe a disparu. Elle cristallise toute la colère des parents. Ils la rendent responsable de la situation, surtout Archer (Josh Brolin).
L'événement perturbe la vie d’une paisible banlieue américaine dans l’incapacité de gérer ses émotions. La communauté ne sait répondre que par la violence, comme la police, à l’image de Paul (Alden Ehrenreich). La peur s’immisce dans leurs esprits, annihilant leurs capacités de réflexions pour en refaire des êtres primitifs. Ils ne sont plus que des marionnettes entre les mains de Donald Trump et ses sbires. Une Amérique qui ne cesse de nourrir le monstre au sein d’une société en plein délabrement pour créer des nouvelles générations non éduquées, biberonnées au capitalisme et assoiffées de sang et de dollars.
Comme dans un conte, l’histoire se découpe en plusieurs chapitres. Dans chacun d’eux, on suit un personnage différent qui nous permet de comprendre les liens entre eux, ainsi que d’obtenir des indices sur la disparition de ces 17 enfants. Le procédé narratif contribue au plaisir de suivre ce conte, même si on devine assez rapidement où sont les enfants. Il ne manque plus que de comprendre les raisons de cette disparition.
Au-delà de son mystère, le film instaure un climat de tension. Il est omniprésent dans les pas de Justine, au point de susciter de l’angoisse, au détour d’un plan séquence dans un magasin, dans les bois ou lors de scènes oniriques. Il offre des jump scares efficaces, ainsi que des moments gores, sans que cela fasse vraiment sens. Au contraire, son humour noir permet de désamorcer brièvement une atmosphère de plus en plus oppressante au fil de la noirceur de son récit. Une tension qui trouve son apogée lors de son final grand guignolesque, aussi jouissif que effrayant.
Après Barbarian, Zach Cregger transforme l’essai avec ce conte horrifique magnifié par sa structure narrative et une mise en scène capable d’alterner les temps calmes comme forts. Il démontre un indéniable talent digne de George Miller, dont l’affiche de Mad Max : Fury Road trône dans la chambre d’un des enfants, lors d’une course poursuite où les vrombissements de la voiture de police ne sont pas sans rappeler ceux de Mad Max.
L'œuvre n’est pas exempte de reproches, comme son mystère qui s’évapore promptement ou son incapacité à conclure brillamment son conte. Au final, le chemin se révèle plus passionnant que sa destination.
Weapons est une réussite. Le conte marque l'esprit et ne cesse de me hanter, au point que l'annonce d'une éventuelle suite ou préquel ne serait pas pour me déplaire.