Le succès inattendu de Barbarian en 2022 semble avoir donné des ailes à Zach Cregger qui livre ici un nouveau scénario original imparfait mais captivant, techniquement au-dessus de 90% de ce qui sort dans l’horreur, et avec un casting solide (quel plaisir de voir que Julia Garner décolle après Ozark).
D’une situation rappelant vaguement The Leftovers, le transfert de l’angoisse se fait dans un premier temps sur les réactions de la ville, en quête d’un bouc émissaire pour évacuer la frustration de l’incompréhension dans un sacrifice cathartique. S’installe alors la paranoïa via le trop classique qui fait douter de la santé mentale du personnage dont on suit le point de vue.
Mais voilà que l’on change de point de vue, pour un second personnage, puis un troisième, et ainsi de suite jusqu’au dénouement. Et à chaque nouveau protagoniste, la caméra cesse peu à peu de suivre ses personnages de dos et commence à leur rendre leur humanité, ne les cantonnant plus à des silhouettes. Cregger élabore ainsi le portrait d’une banlieue qui a sombré dans le chaos, et perdu ses repères en déroulant l'intrigue brin par brin, habitant par habitant. Des habitants par ailleurs plutôt médiocres que l’on héroïsera jamais afin de ne pas briser la caractérisation du banal.
Le cinéaste instille l’horreur par de longs plans ininterrompus qui téléphonent au spectateur les éléments à venir, les rendant plus redoutables encore, tandis que la piste son joue avec nos nerfs, faisant disparaître les criquets pour créer le suspens. Les plans séquences deviennent plus fréquents, avec un cadre plus large, tandis que les angles voyeuristes se font plus rares à mesure que les éléments s’imbriquent.
On pourrait d’ailleurs reprocher, comme sur Barbarian, que le dernier quart soit trop explicatif, refusant au spectateur de rester dans un mystère plus confus, et donc plus terrifiant. Mais comme pour Barbarian également, la conclusion se veut jubilatoire, dans un grand guignol qui défonce la banlieue américaine dans un joyeux bordel tout en combinant avec aise les deux tonalités qui traversaient déjà toute l'œuvre : rires et frissons. Le grotesque dérangeant de Gladys ou des possédés qui courent comme Naruto en somme.
Certains mettait déjà ces ruptures en défaut dans le premier film de Cregger, composé de deux parties bien distinctes, mais je trouve au contraire que cela force le respect, les tons s’appuyant l’un sur l’autre pour gagner en efficacité et ne nous laissant jamais savoir sur quel pied danser. La bande-son qualitative mêlant scores originaux haletants et rock psyché va d’ailleurs dans ce sens.
Quant à ce que raconte le film, il y a matière à interprétation, notamment via ce fusil d’assaut flottant dans le ciel lors du rêve d’Archer. Doit-on y voir la tendance populaire à partir à la chasse aux sorcières lorsque l’on ne connaît pas la cause d’un drame, mais l’inertie quand on sait que le drame vient de la surprésence des armes à feu? Weapons raconte-t-il le deuil d’une ville suite à une tuerie de masse dans une école, symbolisée par une Gladys qu’on ne cherche pas (plus) à expliquer ? 217 fait-il référence au nombre de votes en faveur de la loi d’interdiction des fusils d’assaut passée devant la Chambre des Représentants en 2022, législation qui n'a par la suite pas abouti au sénat? Ou doit-on prendre la chose au pied de la lettre, et considérer que les envoûtés sont les balles d’une M16 méphitique? Tout cela à la fois?
Cregger s’affine tout en confirmant sa patte, et je me réjouis de voir qu’en deux films, nous avons déjà un nouveau cador de l’horreur.