Perso, le remake d’Alvarez, c’était pas trop mon truc. J’avais pas trop perçu l’intérêt du film, encore moins celui de l’appeler « Evil Dead ». J’avais trouvé ça tristement insipide. Et j’avoue que voir récemment l’affiche d’Alien Romulus barrée d’un « par le réalisateur d’Evil Dead », ça me donne l’impression de vivre dans une réalité Wish, bégaiement consumériste et minablement nul de mon enfance.

Bref, comme beaucoup, j’avais trouvé que Vermines était un très chouette film. J’avais beaucoup aimé la mise en place du récit, j’avais été cueilli par son dynamisme et son propos horrifique, porté par un paquet de chouettes idées. Certes, ça avait pas forcément la virtuosité d’un Attack the Block, mais c’était super cool. En tout cas jusqu’à son dernier quart, lorsque j’ai un peu lâché l’affaire, mon attention étant plombée par cette impression délétère de voir le film abandonner quelque peu sa singularité pour s’en aller recopier une vibe amerloque dans une bien vaine et besogneuse démarche.

Bref, j’étais quand même hyper curieux de voir ce que le réal et son scénariste allaient faire à partir de ça, les imaginant nantis d’un budget plus conséquent à la hauteur d’ambitions que je devinais exaltées. Autant dire que j’étais pas convaincu, et déjà franchement désolé, de voir que le chemin de ces ambitions les avaient amenés à devoir pondre un énième avatar d’une franchise artistiquement exsangue depuis 30 ans… Entre l’annonce d’un nouveau Vendredi 13, d’un nouveau Freddy, d’un nouvel Alien et d’un Massacre à la tronçonneuse 15, l’annonce de leur arrivée à la tête d’Evil Dead 6 m’est apparu comme une bien piteuse nouvelle.

Bref, le Evil Dead d’Alvarez n’avait pour lui qu’un brin de méchanceté gratuite à proposer, substituant l’hystérie potache et délirante pour une hémophilie de gros flanc, au sérieux ronflant et au résultat gonflant. Evil Dead ? Boarf, juste un autre nom dans cette interminable litanie de films d’horreur des années 2010, ribambelle sans fin de trucs sans inspiration, génériques, oubliables et - il y a quand même une justice – pour la plupart oubliés. J’avais bien vu Evil Dead Rise, qui avait pour lui l’idée de substituer à l’horreur rurale de cabane une horreur de cuisine plus télé-achat. OK. Des films originaux, il ne restait plus que le titre et un nom au générique. On pourrait s’emporter et invoquer le blasphème, l’usurpation mais à quoi bon ? On vit dans un monde où l’on peut dire que la Vache qui rit c’est du fromage. C’est abusé, mais ça se plaide. En fait, on s’en fout. Les vieux films existent et si, pour les jeunes, quand on dit « Evil Dead », ils pensent à Alvarez, pfff, honnêtement ? On s’en tape, non ? Les auteurs de la trilogie initiale ont eux-mêmes bradé leur héritage.

Bref, tout ça pour dire que j’ai regardé ce nouvel Evil Dead avec une curiosité de chien mouillé, et que j’ai trouvé ça long et chiant. Par moment j’ai même pensé à Laugier, et je me suis dit que lui, il aurait probablement fait un truc encore plus con et sentencieux-débilos et qu’au moins on aurait pu ricaner un peu. Mais là, l’encéphalo était plat, je n’ai adhéré à rien, et le gore outrancier m’a laissé de marbre. J’ai bien aimé l’idée de l’oraison funèbre, chahutée par les bruits du chantier de la forêt qu’on rase, mais à part la formulation de cette idée, le film ne fait jamais rien avec. Là où Sam Raimi emportait ses scènes – jusqu’en enfer - par un splastick hystérique et infernal, ici rien ne décolle jamais, rien va jamais nulle part. Je n’ai jamais rien ressenti pour des personnages auxquels je n’ai jamais cru tout en les trouvant TOUS horripilants. Toute la dimension des violences conjugales ou intrafamiliales m’est apparue comme un gros contresens d’une balourdise rédhibitoire. Le père est d’emblée violent et flippant, si bien qu’une fois démonisé, bah pfff oué, il a juste les yeux qui changent de couleur…

En fait, Evil Dead, au-delà de Ash – qui n’était déjà pas rien dans l’ADN du truc, mais soit – c’étaient quand même les deadites : à l’époque, c’étaient des personnages hystériques avec des masques en caoutchouc grotesques. Ils dansaient et menaçaient le héros. C’était des gens sympas qui devenaient des abominations. C’était fun et délirant, ça tapait et ça giclait. Là, on a une paire de lentilles jaunes et quelques grimaces ridicules qu’animent des visages maquillés numériquement. Les personnages passent leur temps à vouloir leur taper dessus alors que ces démons passent le leur à s’automutiler. Je sais pas, à un moment, y’avait peut être un truc rigolo à faire avec ça, du Tex Avery gore, un festin de bidoche qui vole où la volonté de frapper, d’arracher et de trucider des uns s’accorderait avec l’autodestruction démentielle des autres. Mais là, tout reste bien trop timoré, pusillanime même. Même la bagarre attendue entre la jeune fille et le clébard tourne court. Ici, rien ne m’a jamais donné l’impression d’être dans un Evil Dead, si ça veut encore dire quelque chose, malgré les quelques clins d’œil et appels du pied imposés par le cahier des charges inévitable à la fabrication de ce genre de boites de portions de fromage fondu. Je trouvais ça nul et sans aucun intérêt, soporifique jusqu’à ce que le film déroule sa dernière séquence. Là, je me suis dit que c’était quand même chaud de faire ça. Je respecte l’audace, mais je tourne résolument le dos au résultat. Ils ont réussi quelque chose qui m’a rendu inconfortable et qui m’a carrément donné envie de détourner le regard.

Bref, maintenant que ça, c’est fait, ça serait bien de retrouver le réal et son scénariste, au demeurant deux petits bouts de chou adorables, aux commandes d’un projet un peu plus personnel. Je peux pas imaginer qu’on donne tout, qu’on bosse comme des bâtards, qu’on remue ciel et terre pour réussir dans ce métier pour se contenter ensuite d’aller tourner de nouvelles itérations inutiles de suites essorées afin de maintenir vivantes des franchises pour d’obscures raisons fiduciaires et de flux financiers. Nous, ça va, on a perdu que 2h de notre vie, mais j’imagine qu’ils y ont consacré beaucoup de temps... Quelle tristesse.


MelvinZed
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le 9 août 2026

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Melvin Zed

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