Ex-Drummer ou le requiem d’un percussionniste qui troque sa grosse caisse contre une misère humaine sur laquelle il se plait à tambouriner. Sans jamais laisser à son auditoire une minute de repos, Koen Mortier récite ses gammes, armé de baguettes en béton armé et détruit minutieusement tout ingrédient qui pourrait s’apparenter au bonheur. Chaque millimètre carré de son film suinte la banalité d’une misère qui semble sans frontières sinon celles bâties avec soin par une société ayant trié hasardeusement l’ivraie du bon grain alors que ses ouailles foulaient pour la première fois le chemin de l’école.


Sous les cœurs meurtris d’une palanquée d’ahuris ayant renoncé à vivre se planque une matière première dont se nourrit avidement le seul primate de la bande pourvu d’un semblant d’équilibre mental. Un repère pour le spectateur qui bien vite vole en éclat : l’écrivain qui percute, l’écrivain qui sait parler, l’écrivain qui ne doute pas est celui qui sème le vent avant de laisser le soin aux autres de récolter la tempête. Lorsque le dernier verrou cède, que la violence règle l’ardoise, il est seul à jouir d’un bonheur total alors que le monde s’écroule autour des dindons de sa farce.


Radicalement déprimant, nerveusement intense, Ex-Drummer est un film excessif en tout.


A commencer par sa mise en scène, en roue libre totale, association maladive d’un montage érotico porno expérimental, de prises de vue grossières au grand angle et de basculements violents du cadre. Une fougue visuelle sans bride qui, étrangement, donne à l’ensemble une forte identité.
Là- dessus s’exprime une écriture au burin pneumatique d’une galerie de personnages complètement ravagés, acteurs toujours plus insistants d’une déchéance sourde qui flirte dangereusement avec l’outrance, jusqu’à y basculer à plusieurs reprises.
Il n’y a que la bande son qui paraît prendre le temps de se poser sur l’image pour contenir cette dernière lorsqu’elle joue avec les limites de la pertinence. Le dernier quart d’heure en ce sens trouve un bel équilibre.


Ce rugissement sans nuance est de ceux qui divisent. Difficile de jouer au jeu de la note après une telle démonstration de nihilisme brutal. Nécessaire car radical, Ex-Drummer n’est pas à poser devant tous les yeux, il fait partie de ses bobines dont on sort bousculé par une fascination morbide pour la misère dans ce qu’elle a de plus glauque. Pas le genre de découverte que l’on partage spontanément avec son entourage, mais qu’on est content d’avoir faite tant la séance fut particulière et marquante.




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oso
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le 6 sept. 2016

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oso

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