F1, c’est le film qui utilise exactement la même recette que les productions Bruckheimer des années 1980-1990 (ah, on me souffle à l’oreillette que c’est aussi une production Bruckheimer ; ceci explique cela !). On a les mêmes poncifs scénaristiques, les mêmes types de rebondissements, les mêmes types de sous-intrigues. À ce point que, durant la projection, j’ai pensé à Hot Shots!, qui parodiait déjà en 1991 ces grosses ficelles qui n’ont pas mis longtemps à être éculées.
Et autant l’effet de nouveauté devait fonctionner auprès du spectateur des décennies susmentionnées (enfin, s’il n’avait pas vu plus de deux-trois films de la même eau !), autant celui des années 2020 — à moins de n’avoir jamais visionné la moindre production Bruckheimer de toute son existence — ne peut jamais être surpris.
En fait, F1, c’est un Top Gun faisant vroum vroum, avec juste Brad Pitt (toujours aussi beau gosse que charismatique, malgré ses plus de 60 piges, qu’il ne fait pas du tout !) qui remplace Tom Cruise. Pas étonnant que le réalisateur de l’engin soit aussi celui de Top Gun: Maverick.
En outre, les personnages secondaires, joués par des interprètes eux aussi charismatiques, manquent méchamment de consistance (à l’exception, peut-être, du jeune pilote fougueux et arrogant incarné par Damson Idris !). Par exemple, les relations entre le propriétaire de l’équipe — ancien pote du protagoniste, joué par Javier Bardem — et le personnage principal sont beaucoup trop négligées (le comédien espagnol n’apparaît que trop sporadiquement pour ça !), alors qu’elles avaient du potentiel. Pareil pour la romance (oui, parce qu’il en faut forcément une !) qui n’est pas spécialement bien amenée et qui n’est pas réellement creusée par la suite (comme si un personnage féminin ne pouvait pas exister autrement dans ce genre de blockbuster ; je pense qu’il y avait suffisamment à s'occuper avec le fait qu’elle soit la directrice technique de l’écurie pour que ce seul rôle ait un impact important sur l’intrigue !). Et les motifs intimes du protagoniste sont mal mis en exergue. Cela reste aussi à l’état de superficiel. Le film n’arrive jamais à prendre le temps de se concentrer sur ce moteur, qui me paraît pourtant essentiel, de l’histoire. Et, de plus, l’ensemble a méchamment tendance à se répéter. J’avoue qu’au troisième ou quatrième foirage sur les circuits, j’ai regardé ma montre.
Sinon, Hans Zimmer n’a rien fait d’original ni de renversant depuis la seconde moitié des années 2010. Il n’y a pas de raison que ça change.
Bon, allez, il y a quand même une certaine dose de plaisir à regarder ce spectacle, et ceci grâce à une chose : les séquences d’action — donc de course — en jettent plein la gueule. Elles arrivent toujours à être d’une clarté (en alternant avec habileté les angles de vue !) qui fait que j’ai rarement été laissé au bord de la route (oui, “rarement”, car n’étant pas un amateur de F1, je ne suis pas du tout au fait des us et coutumes ou des règles de ce sport ; donc, ce n’est pas sur moi qu’il faut compter pour souligner si telle situation est possible ou non dans la réalité !). On est vraiment collé au cœur de l’intensité que peut ressentir quelqu’un au volant de ces bolides (notamment grâce à l’emploi de petites caméras qui ont été accrochées à plusieurs endroits sur ainsi que dans les voitures et sont capables de nous offrir de jolis panoramiques !). Si vous voulez du spectacle qui n’a aucun intérêt sur le fond, mais qui déchire sur la forme, vous donnant la possibilité d’avoir recours à vos fonctions cognitives seulement pour mâcher du pop-corn, F1 est le film idéal pour vous.
Bref, pour conclure sur une métaphore automobile à deux balles — désolé pour celle-ci et toutes celles que je n’ai pas pu m’empêcher d’égrener dans cette critique —, c’est comme une superbe voiture de sport, mais avec une médiocre mécanique qui ne permet pas une bonne conduite.