Ce métrage est motivé d'une grande tristesse. Tout semble y être condamné à une fin artificielle, le suicide même y est joué, mimé. C'est peut-être le point central que soulève Herzog derrière ces pixels plats, en montrant, caméra quasi à l'épaule, un Japon sous une texture documentaire, animalière. Dans cette jungle grise d'uniformes, quelle place donne-t-on à l'être conscient ? On voit poindre le bout de leur cravate, une jungle luxuriante de mimes dont la contemplation effraie.


L'histoire est simple, un homme, travaillant pour le compte d'une entreprise de location d'un membre de famille, propose ses services à une mère élevant sa fille unique seule. Ishii, cintré de son uniforme et mimant le retour du père de Mahino, jeune fille asociale. Herzog ne s'occupe pas moins de traiter avec froideur les personnages qui sont sont introduis comme on les laisses, c'est à dire par un détachement chirurgicale du sujet traité, qu'un des tropes fondateur de la fiction, celui du retour du père triomphant à nouveau sa famille. Il n'est donc pas question de seconde chance pour Ishii mais bien de condamnation à mort, c'est un véritable suicide anthropologique mis en scène. Herzog le cynique, le déçu, emplois un style froid, brutale où se mêle faux raccords et prises caméras à l'épaule. Nous suivons des pantins mues d'une idée irrationnelle d'accomplissement des gestes de la vie, anéantis de toute tradition.


L'Homme est ici un animale suicidaire ne discernant plus la machine de son alter - ego. La mythologie morte, la tradition clairsemé, la famille immolée et de cela ne reste en suspend qu'un vague sentiment de déception sourde. Je ne sais si les acteurs sont très bons ou trop mauvais, mais se dégage de leurs expressions un malaise existentielle et palpable. Les regards discrets à la caméra, les gestes inhibés dans l'espace nous confirme l'enfouissement de l'être. Un refoulement de l'esprit traditionnelle jusque dans les retranchements les plus sordides des mondanités urbaines. Fait très accentué par la représentation de la société nippone.


Ainsi, abandonnez là tout fantasme autour des contrées bien soignées du soleil levant. Voyez plutôt ce qu'est devenu le Japon, jeté à cent cinquante années d'"ouverture" au monde. Ses occupants comme libérés du joug de la tradition souffreteuse se sont lancés, à corps perdus, dans un monde sans mythe, où le labeur est porté au pinacle d'un sentiment honorifique, à savoir, devenir... Je m'autorise une formule peu pudique. Si la bombe a bien exterminée presque cent milles individus en quelques heures, elle a achevée son pouvoir éclatant sur les esprits figés, ne mimant plus que les gestes produits du progrès technique, son unique Dieu, la machine.

Garmonbozia_
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le 21 janv. 2026

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