Ce thriller d’action à l’esthétique gangster démarre sur les chapeaux de roue, laissant d’abord penser à un film grand-guignolesque inspiré, entre autres, par Pulp Fiction. La mise en scène énergique, les dialogues secs, et une ambiance légèrement décalée nous plongent rapidement dans un univers où la violence côtoie l’ironie noire.
Mais une fois passé le premier quart d’heure, la narration rentre dans un moule beaucoup plus classique. Le film abandonne son potentiel de singularité pour emprunter des chemins balisés, où l’originalité laisse place à la mécanique.
Pierce Brosnan incarne Charlie Swift, alias “Fast Charlie”, un “fixer” au service d’un clan mafieux du Sud des États-Unis. Le personnage évoque, bien sûr, Mr. Wolf de Pulp Fiction ou Victor dans Nikita, ces hommes de l’ombre qui “réparent” les situations inextricables. Sauf qu’ici, le fixer n’est pas un personnage secondaire surgissant au dernier acte, mais bien le protagoniste central, suivi de bout en bout. Cela permet d’explorer une autre facette : celle d’un homme loyal, méthodique, et presque paternel dans sa dévotion à son boss, un vieux mafieux sur le déclin, droit dans ses bottes mais fragilisé par l’âge et la sénilité naissante. Entre eux, s’est noué un lien fort, presque filial, autour de valeurs de fidélité, de retenue et d’honneur.
L’embrouille commence lorsque Charlie reçoit l’ordre d’éliminer un inconnu. Fidèle à son rôle, il exécute sans poser de questions… jusqu’à ce que tout dérape. Ce contrat, loin d’être anodin, va mettre en péril non seulement la vie de Charlie, mais aussi l’équilibre de son clan. Piégé, Charlie comprend qu’il devra remonter la piste pour comprendre pourquoi cette cible était si précieuse, et pour qui.
Dans cette quête, il est épaulé par l’ex-petite amie du défunt : une taxidermiste ambigüe, à la fois détachée et lucide, qui semble savoir exactement dans quoi elle a mis les pieds. Elle accepte de suivre Charlie autant pour fuir un danger imminent que pour récupérer un magot que son ex-compagnon aurait caché. Leur duo fonctionne sans éclats, sur un mode plutôt sobre, chacun gardant ses distances tout en progressant dans l’enquête.
Le film bascule alors dans une trame plus attendue de vengeance et d’investigation, ponctuée de fusillades et de règlements de comptes. Si la réalisation reste correcte et que l’ensemble se suit sans ennui, Fast Charlie ne parvient jamais vraiment à transcender les codes du genre. L’émotion est en retrait, les personnages secondaires trop convenus, et l’intrigue, malgré quelques sursauts, avance sans réelle surprise.
Le twist final, rigolo mais sans plus, a lui aussi un goût de déjà vu qui ne sauvera pas ce film d'un oubli certain.
Fast Charlie laisse entrevoir, dans ses premières minutes, un film de gangsters stylisé et mordant. Mais il se replie vite sur une structure narrative plus banale, manquant d’ampleur et d’audace. Reste un Pierce Brosnan convaincant dans un rôle de vieux professionnel désabusé, et une mise en scène efficace qui sauve le film de l’oubli. Pas un ratage, mais une occasion manquée de faire mieux.