La filmographie de Robert Aldrich se démarque notamment par la psychologie complexe et troublée de ses protagonistes. Son film de guerre Attack!, sorti aussi en 1956, mettait en scène un officier militaire aux prises avec une phobie des champs de bataille qu’il tentait de noyer dans l’alcool. Dans Autumn Leaves, on a droit un couple dont les partenaires ont la santé mentale plus ou moins affectée. Millicent Wetherby est une vieille fille qui a perdu l’espoir de rencontrer son prince charmant et qui se venge sur sa machine à écrire en retapant avec ardeur des textes d’auteurs. Jusqu’au jour où un homme de belle allure, plus jeune qu’elle, s’immisce soudainement dans sa vie. Un conflit intérieur s’installe en elle entre la conviction de ne pas pouvoir séduire et la possibilité de goûter à l’impossible rêve. Lorsqu’elle réalise l’ampleur de la détresse psychologique de celui qui lui voue un amour démesuré au point de la marier, elle trouve sa place dans le rôle de l’épouse maternelle. Pour incarner cette femme entière et complexée le réalisateur ne pouvait mieux choisir que Joan Crawford. Une actrice aux trait forts et d’une puissance émotive rare. Ils se retrouveront d’ailleurs quelques années plus tard avec le même bonheur sur le tout aussi étrange What Ever Happened to Baby Jane. Devant de telles œuvres, c’est dans le déchiffrage des comportements des personnages que réside l’intérêt du spectateur. Même si l’interprétation peut sembler appuyée par moment, le talent et la direction des acteurs leur permettent de demeurer sur la corde raide et nous avec eux.