La Norvège est pavée de bonnes intentions

Palme d'Or 2026 (remise par le Jury présidé par Park Chan-wook), ce nouveau film du cinéaste roumain Cristian Mungiu (4 mois, 3 semaines, 2 jours, R.M.N.) vient nous questionner sur le choc des cultures et des valeurs (et de leur travers respectifs) en nous proposant une œuvre qui, assez logiquement, va créer du débat (ce qui est toujours une bonne chose pour un film), mais qui ne m'a pas autant convaincu que je pouvais l'imaginer de par certains choix narratifs.


Mungiu nous y dépeint la trajectoire d'un couple roumano-norvégienne (interprété par Sebastian Stan et Renate Reinsve), fraîchement installé avec leurs 5 enfants dans un village norvégien enneigé, et qui va rapidement être soupçonné de maltraitance par la communauté qui les entoure (suite à la découverte d'ecchymoses sur le corps de la plus aînée des enfants).

Va alors s'engager entre les 2 camps (conservateurs vs progressistes, croyants vs athées) un long face-à-face, sociétal comme judiciaire, pour savoir quelle "vérité" l'emportera.


À travers ce "village-monde" (formellement très bien mis en images), Mungiu nous partage la vision assez pessimiste d'un monde profondément fracturé et de 2 visions, de 2 camps semblant irréconciliables, l'un considérant l'autre comme endoctriné, et vice-versa.

Une sorte de «Demolition Man» en mode film d'auteur (je ne pouvais pas ne pas le placer cet exemple ^^).


J'ai pu lire dans certains retours que le réalisateur a fait le choix de la neutralité pour éviter de prendre parti pour l'un comme pour l'autre et ainsi nous démontrer que les systèmes oppressifs peuvent prendre des formes diverses et variées, et parfois les plus insoupçonnées, même quand ils sont persuadés qu'ils agissent pour le bien commun (et ici plus précisément dans l'intérêt des enfants, qu'ils séparent très rapidement de leurs parents par mesure de précaution).


Je ne suis pas forcément d'accord avec ces ressentis-là, la balance ayant plus tendance à pencher du côté du couple accusé, adoptant principalement leur point de vue et étant interprété par des acteurs connus, au contraire du reste du casting.

Quant au camp adverse (le corps enseignant, l'aide à l'enfance et plus largement la société norvégienne), son aspect ultra-précautionneux et ultra-protecteur y est souvent montré comme une forme d'abus de pouvoir, et face à laquelle toute forme de pensée divergente semble rejetée.

L'une des seules à échapper à cette logique est la voisine du couple, qui deviendra d'ailleurs leur avocate.


Un traitement scénaristique volontaire (j'imagine) de la part de Mungiu, mais qui, à trop vouloir pousser cette personnification dans certaines situations

(la fille des voisins qui se taillade le bras volontairement parce qu'elle n'obtient pas de suite ce qu'elle veut / la première avocate qui démissionne parce que le mari lui a posé une question sur un ton qui ne lui a pas plu / l'enseignante qui accepte qu'on parle d'orientation sexuelle en salle, mais refuse toute référence aux croyances religieuses / l'avocat représentant l'aide à l'enfance qui demande à être giflé par le mari en plein procès)

fait que j'ai, une grande partie du film, plus tendance à soutenir le couple traditionaliste qui a été accusé (à tort ou à raison, on ne le saura jamais vraiment) que le système, dépeint pourtant comme progressiste, face à eux.


Ce qui ne veut pas dire pour autant que Mihai et Lisbet sont blancs comme neige, les parents interdisant plusieurs choses à leurs enfants (musique actuelle, YouTube, etc.), et le mari s'entourant, pour les soutenir et donner une résonance internationale au procès, de chrétiens rigoristes qui ont eux aussi des idées bien arrêtées sur la situation et n'hésitent pas à le faire savoir.


La nuance plus ambiguë, et cette manière dont chaque culture va influencer l'autre serait plus à chercher selon moi du côté des adolescents, qui vont rapidement se lier d'amitié sans véritable arrière-pensée (et pourtant) et vont, malgré la situation qui impacte le monde adulte, ne pas vouloir se séparer.

À l'image de ce plan final qui, de par son aspect symbolique, montre que Noora, la fille des voisins norvégiens, s'est faite "endoctrinée", progressivement et de manière plus insidieuse, par ses nouveaux meilleurs amis.


Bref, une œuvre sociétale illustrant, un peu à la manière d'une fable moderne, cette impossibilité de coexistence, ce "vivre-ensemble" qui semble condamné d'avance.

Une œuvre fataliste qui interroge (parfois de manière un peu trop appuyée pour y croire complètement) nos valeurs respectives (et pas forcément irréprochables/sans failles) et leur place au sein de la société actuelle.


Un film qui sera reçu de manière variée selon la perception de chacun, et devrait logiquement diviser, à l'image de son récit.

Une Palme qui fait réfléchir et a peu de chance de laisser indifférent, mais à laquelle il m'a manqué quelque chose pour la hisser au niveau des Palmes véritablement marquantes.


En tous les cas, le genre de film qu'il faut vraiment voir pour se faire son propre avis.

Raphoucinevore
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le 27 août 2026

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