J'étais très enthousiaste en voyant que Mungiu décrochait une seconde palme d'or. J'avais vraiment apprécié RMN son film précédent et celui-ci semblait être dans la même veine, en traitant de l'immigration, de racisme, d'intégration et de différences cultures. Sauf que là, ben c'est nul.
Plus je repense au film, plus je le trouve grossier dans ce qu'il veut raconter. On a clairement un film qui présente la société "progressiste" norvégienne comme une sorte d’État totalitaire voulant réguler la pensée des gens et se livrant à des condamnations arbitraires par pur racisme. Alors pourquoi pas ? Mais quitte à faire un film de gros réac qui joue la carte de la Suisse (à savoir se voulant bien neutre, tout en acceptant l'or des nazis) autant le faire un peu subtilement, ou avec du talent... Enfin quelque chose... Qu'on ait un truc à se mettre sous la dent.
Le film montre la société norvégienne comme étant absolument horrible et intolérante et passe à peu près tout à la famille de catho homophobes.
Et donc on ressort avec une sorte de tentative de juste milieu : "ouais faut pas cogner les enfants, mais bon une petite claque de temps en temps c'est pas si grave même s'il vaut mieux éviter... Et puis bon les norvégiens ne sont pas mieux car bon ils crient sur leurs enfants athées qui regardent YouTube et qui font des bêtises alors que la religion ça les calmerait (et leur donnerait des supers pouvoirs). En plus les norvégiens totalitaires ben ils sont contre le fait qu'on inculque des valeurs homophobes aux enfants, c'est très grave, limite le totalitarisme woke. Où est la liberté de penser ?"
Le film est aussi stupide que ça.
Il présente une caricature de société progressiste et athée, où en fait je ne crois pas un seul instant à ce que je vois. C'est trop, on est chez Kafka. Il y a aucune preuve de rien à aucun moment et tout est prétexte pour aller explorer les mœurs des gens qui ne sont pas assez libérées (l'anti Anatomie d'une chute en fait). Sur le papier c'est pas bête, surtout couplé à l'idée de montrer que la société dite progressiste est raciste et intolérante. Sauf que pour qu'on y croit il ne faut pas que ça soit aussi forcé, aussi caricatural. Je ne crois à aucune situation et à aucun personnage.
On est dans un film grotesque. Et ça l'est d'autant plus que je suis désolé de le dire mais en plus d'être mal écrit, c'est mal réalisé. Mungiu que je connais pas ses plans séquences glaçants se retrouve à faire un film qui va à 100 à l'heure, qui ne se pose jamais et qui ne prend jamais le temps de développer quelque chose d'intéressant entre les personnages. C'est tous des fonctions, ils n'ont aucune humanité, on ne ressent rien. Je veux dire qu'on a deux adolescentes qui deviennent amies et la religion va petit à petit pousser l'autre à croire en dieu aussi. Ok, mais ça sort de nulle part dans le film, on ne le ressent pas. On nous le dit, mais on ne sait pas d'où ça vient... On les voit se faire des câlins, mais on ne les ressent jamais s'apprécier. Il n'y a pas un regard qui fonctionne, un moment où on s'arrêterait sur elles... C'est juste nul.
Il y a une ambiguïté sur la véritable nature de leur relation, amicale ou amoureuse, on voit les paternels se méfier un peu de la fille de l'autre... les trouver trop proches... Mais encore une fois c'est dit, surligné, mais on le sent pas. Tout est mécanique et désincarné.
En parlant de désincarné, l'air de merlan frit de Renate Reinsve est insupportable, ça ne fonctionne juste pas... On dirait Tom Hanks dans ce qu'il fait de pire.
La qualité du film est que ce ne sont pas le genre d'immigré qu'on a l'habitude de voir dans les films, se sont des gens plutôt aisés, qui viennent légalement, qui ont eu une offre d'emploi, qui sont montrés comme utiles à la société, etc. Disons que ça casse le cliché du migrant qu'on se tape habituellement au cinéma. Et ces immigrés ont beau être là légalement, travailler, etc, ça ne les empêche pas d'être victime de racisme.
J'aime aussi le fait que leur avocate, qui est plus ou moins leur amie, ne croit pas tant que ça dans leur cause et qu'elle trouve leurs coutumes religieuses un peu ridicules. Néanmoins ce personnage est amené avec des gros sabots, on te balance dès le début qu'elle est avocate mais qu'elle n'exerce pas, blablabla. Tu sais qu'elle va les défendre à un moment. C'est simplement cousu de fil blanc. Le film souffre vraiment d'une écriture calamiteuse. Mungiu ne semble pas trop savoir comment relier certaines scènes entre elles et donc va te sortir des dialogues inintéressants pour palier son incurie.
J'ai vraiment cette sale impression de voir une ébauche de film qui reste à peaufiner, avec de bonnes idées, mais mal exploitées. Et bordel il faut absolument qu'il pose sa caméra, qu'il laisse ses personnages exister, qu'il travaille son ambiguïté. Là il n'y aucun doute qu'il est du côté de la famille de migrants malgré les quelques critiques qui leur sont formulées.
Sur la fin ça part en bondieuserie totale, tout en se refusant d'explorer la relation entre les deux ados... J'ai clairement l'impression d'un rendez vous manqué avec un film qui aurait dû être bien meilleur. Surtout que c'est très long, il y a des personnages qui n'apportent rien et rallongent inutilement le film avec leur sous intrigue inintéressante. Encore une fois, soit Mungiu pose sa caméra, prend le temps de faire vivre ses personnages, soit tu le mets pas, il ralentit tout.
Il reste donc les beaux paysages de fjords norvégiens... Mais la photographie très terne empêche des le mettre en valeur.
Que Mungiu écrive un film un peu douteux politiquement, c'est pas bien grave, le problème c'est qu'il le fait mal.