Cristian Mungiu, grand explorateur des zones grises, nous convie cette fois pour un voyage qui met en lumière nos angles morts. En dépit de l'apparente froideur du dispositif, le parti pris oriente le regard du spectateur à plaindre les parents Gheorghiu, un couple roumano-norvégien séparé de ses enfants après un signalement à l'Aide à l'Enfance. Il est tout à fait légitime de questionner le choix de reléguer les enfants, par exemple, alors qu'il aurait offert un contrepoint idéal. En l'occurence, il y a ici deux camps, et c'est un peu dommage. Cela étant posé, Mungiu a l'intelligence de mettre les pieds dans le plat et d'inviter à la réflexion et au dialogue face à des questions qu'on appréhende aussi bien ici qu'en Norvège. Quelle type d'éducation est acceptable ou répréhensible dans la société ? Où fixer la ligne jaune entre le rigorisme religieux et la maltraitance ? Jusqu'à quel point l'état peut s'immiscer dans la famille pour trancher ? À quel moment la protection d'un modèle frise t-elle avec l'intolérance ? Ce ne sont que les plus flagrantes, mais passionnantes problématiques avec laquelle nos esprits vont devoir travailler. Qui a dit que l'expérience du la salle était un "plaisir passif" ? Le résultat aurait été probablement plus fort en accordant plus de place à la conduite du patriarche (Sebastien Stan, excellent), car le film se polarise sur la mère courage et résiliente incarnée à merveille par Renate Reinsve. Sans occulter les points sensibles (ils sont subtilement essaimés, parfois par de simples regards derrière une baie vitrée), ils auraient pu être approfondis pour équilibrer un peu plus le propos qui, en lui-même, a déjà suffisamment de résonance pour inviter les gens à échanger, ce qui est un premier pas. Et le cinéma, ça sert aussi (surtout ?) à ça.