C'est une famille de catholiques conservateurs. Il est roumain, elle norvégienne. Ils ont 5 enfants, dont un nourrisson. Ils décident de s'installer en Norvège alors qu'ils ont toujours vécu en Roumanie. Elle travaille dans un crématorium, lui dans un lycée, en tant que responsable informatique, il est surdiplômé pour le poste, mais il parle mal le Norvégien et il faut bien trouver un job. Les deux grands enfants, ados, fréquentent le lycée. A la suite d'un malentendu, les parents vont être accusés par l'Aide aux Familles du lycée de maltraitances envers leurs enfants, et, en attente de l'enquête, qui peut durer des plombes, vont se voir retirer d'un coup la garde de leurs enfants, y compris le nourrisson que sa mère allaite pourtant. Alors qu'ils sont innocents. Le père reconnait bien vieille fessée, mais c'est dans la tradition roumaine, et celle-ci est suffisante pour déclencher une avalanche (très belle métaphore utilisée deux fois dans le film) détruisant littéralement leur famille. Mungiu nous parle ici des différences de cultures, des différences de religion et semble pointer du doigt les conséquences de la mondialisation à outrance. Tout le monde ne peut pas vivre n'importe où sans payer le prix de se confronter à une culture qui n'est pas la sienne. Son film n'est pas réac pour autant, ni même conservateurs, car si ses héros le sont (ils ne sont pas piqués des vers d'ailleurs), le film n'épouse pas leur point de vue a priori. C'est un film passionnant qui déroule sa logique implacable de la théorie du grain de sable, jusqu'à l'avalanche justement. Les lois norvégiennes protègent à outrance le droit des enfants, c'est très bien, sont contre tout signe religieux apparent, c'est très bien aussi, mais ces deux positions poussées à outrance et mises en oeuvre par des personnes aussi bornées que celles qu'elles ont en face peuvent provoquer des catastrophes irrémédiables. Mungiu filme tout cela avec calme, mais on sent la force qui rugit intérieurement, et il parvient à réaliser un film maitrisé certes, mais absolument bouleversant, et d'une grande beauté. Un peu dans le même esprit que le dernier Nuri Bilge Ceylan en date, Les Herbes Sèches, qui mettait en scène un professeur accusé à tort d'attouchements sur une jeune élève, Mungiu redéfinie les contours de la société contemporaine en en pointant les dangers générés par ceux qui sont censés protéger. Chef-d'oeuvre.